La fille du président ouzbek aurait contrôlé ces dernières années depuis la Suisse le secteur des hydrocarbures du pays d'Asie centrale via une société ayant "siphonné 80% des exportations de gaz naturel", selon les câbles diplomatiques obtenues par WikiLeaks et publiés jeudi par Le Temps.

Selon le Temps qui a reçu de WikiLeaks des câbles confidentiels envoyés depuis Tachkent par l'ambassade américaine, ces documents "jettent une lumière crue sur la façon dont Gulnara Karimova tiendrait en coupe réglée l'économie d'un pays dont le tiers des 28 millions d'habitants vit dans la pauvreté". Elle l'aurait fait en "tirant les fils de Zeromax", une société, domiciliée à Zoug (est de la Suisse) jusqu'à l'été dernier, poursuit le quotidien helvétique. Zeromax est présenté dans les câbles comme "le plus gros employeur privé du pays" qui "siphonne 80% des exportations de gaz naturel" de l'Ouzbekistan, ajoute Le Temps.

Un câble de 2007 explique que "via Zeromax, Gulnara Karimova contrôle étroitement le secteur des hydrocarbures du troisième pays producteur de gaz de l'ex-URSS". Diplômée de Harvard, la jeune femme de 38 ans est "l'intermédiaire clé pour tous les contrats", insiste-t-il. Un autre document de 2010 raconte que Zeromax est l'un des "principaux récipiendaires suisses de devises en provenance d'Ouzbekistan" via un accord "d'importation de gaz complexe" avec une société helvétique, ce qui contribue à faire de la Suisse le deuxième partenaire commercial de l'Ouzbekistan.

Selon Le Temps, les diplomates américains ont évalué à 3 milliards de dollars l'activité annuelle de l'entité, soit "10% du produit intérieur brut du pays". Le journal rappelle que la fille du président Islam Karimov est installée depuis 2008 dans la banlieue huppée de Genève après avoir été nommée représentante de l'Ouzbekistan auprès des Nations unies. D'après les câbles, cette nomination visait, "selon certains observateurs à contrôler plus étroitement le conglomérat domicilié en Suisse", avant sa mise en faillite en août 2010.

Elle pourrait également constituer "une protection politique si les Karimov venaient à quitter le pouvoir ou le pays", évoquent-ils. De fait, une note de 2008 explique que la jeune femme est "exécrée" dans son pays en raison de "son comportement de rapace" ce qui, contrairement à certaines hypothèses, rendrait difficile une succession à son père. Les câbles parlent peu en revanche de la carrière plus people de la jeune femme qui chante sous le nom de "GooGoosha".