Les deux juges d’instruction du parquet antiterroriste de Paris Yves Jannier et Nathalie Poux veulent avoir accès à l'intégralité des enregistrements vidéo et audio de l'assaut des forces spéciales françaises qui a coûté la vie, le 7 janvier dernier à deux jeunes français, Vincent Delory et Antoine de Léocour.

Ils avaient été enlevés le 7 janvier à Niamey au Niger par des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et tués le lendemain lors d'un assaut au Mali.

Des images en survol prises par l'armée française ont été diffusées en septembre sur TF1. Elles montrent en particulier la destruction de deux véhicules transportant des ravisseurs et des gendarmes nigériens pris aussi en otage.

En revanche, la vidéo de la destruction du troisième véhicule, un pick up blanc avec à son bord les deux otages français, n'est pas diffusée car il manque une minute dans les images transmises par l'armée à la justice qui correspond à ce passage de l'assaut.

"Une minute dont le silence est assourdissant" estiment les journaux français car, comme le rappelle Libération aujourd'hui, Aqmi affirme qu’un des deux otages a été tué par les frappes françaises lors de l'opération "Archange foudroyant".

Dans les images diffusées par la chaîne privée, la consigne est claire: Sécuriser le pick-up blanc, dans lequel se trouve les deux ressortissants français. Endéans la "minute manquante", le véhicule a été détruit. Mais personne ne sait comment.

Vincent Delory est retrouvé à un mètre du pick up, le corps calciné. Il serait décédé des effets de la chaleur de l'incendie, et porte les traces d'un impact de balle, qui pourrait émaner d'un tir français.

"On a le sentiment qu'on nous cache des choses, on nous avait promis la transparence, on n'a pas de transparence", a déclaré à l'AFP Me Franck Berton, l'avocat de la famille Delory, attendant de l'armée une "coopération complète avec la justice".

La famille Delory avait pu voir des images de l'assaut le 11 juillet, mais certains passages, comme l'attaque du véhicule où se trouvaient les deux otages, ont été coupés car certains éléments sont classés "secret-défense", a affirmé Me Berton.

Les magistrats en charge demandent aujourd'hui la levée complète de ce "secret-défense". La suspicion d'un sacrifice pour éviter à la France de devoir payer une rançon se fait de plus en plus grande au sein des familles des victimes. Le ministère de la Défense réfute évidemment ces rumeurs. "S’agissait-il d’une opération visant à sauver les enfants ou à envoyer un signal fort aux ravisseurs? s'interroge aujourd'hui, dans Libération, l'avocat de la famille de Léocour.