Correspondante à Londres

A l’annonce de la date officielle des obsèques de Margaret Thatcher, de nombreux groupes d’activistes avaient fait savoir qu’ils tenteraient de perturber la cérémonie de ce mercredi. Au final, peu de débordements ont été observés au passage du cortège en partance du Palais de Westminster, sous la surveillance avisée des services de sécurité.

Plusieurs centaines de manifestants anti-Thatcher avaient fait le déplacement pour l’occasion. Certains faisaient le pied de grue depuis 7h du matin. Situés en première ligne, ils ont répondu à l’appel lancé sur Facebook quelques jours auparavant. Le groupe "Turn your back on Thatcher" invitait à tourner le dos au cortège lors de son passage en signe de protestation. C’est Rebecca Lush, une activiste de 41 ans, qui est à l’initiative de cet appel. Cette mère de famille voulait une action silencieuse et pacifiste : "Plusieurs personnes pensent que ce que je fais est irrespectueux envers Thatcher. Je ne souhaite pas porter atteinte à son honneur en tant qu’être humain, mais je ne vois pas d’autres façons de protester contre les 10 millions de livres dépensés pour ses funérailles", explique-t-elle. "Le gouvernement fait de cet événement un intérêt national, mais ce n’est pas le cas et je veux que le monde entier le sache."

Il est 10h45 et le cortège s’avance. Comme prévu, plusieurs personnes tournent le dos à la dépouille de la Dame de fer sans dire un mot. D’autres n’hésitent pas à la huer dénonçant "l’argent gaspillé", alors qu’au beau milieu de ces activistes, des admirateurs sont venus rendre un dernier hommage, scandant "que Dieu te bénisse, Maggie", à celle qui continue de diviser le Royaume-Uni même après sa mort.

Quelques minutes plus tard, les services de sécurité sont en ébullition. Une barrière de protection vient de tomber près des manifestants, la police craint alors un débordement et se précipite en masse autour du groupe. Plus de peur que de mal, le cortège continue sa route jusqu’à la cathédrale Saint-Paul, sans encombre.

A côté du mouvement "Turn your back on Maggie", d’autres manifestants se sont réunis. A l’image du mouvement des travaillistes socialistes qui ne regrettent pas les années Thatcher. "Nous nous souviendrons des mineurs, des Malouines, des taxes et de la mort de Bobby Sands. Aujourd’hui le thatchérisme est enterré", ont-ils crié à la foule. Des échanges débutent alors entre les pro et anti-Thatcher. "Cette femme a divisé le pays, elle l’a détruit", lance l’un d’eux. "Elle a aussi défendu la liberté de parole, c’est donc grâce à elle que vous pouvez dire ce que vous pensez d’elle aujourd’hui", lui rétorque un autre. "Je paye aussi mes taxes et donc ces funérailles. J’ai bien le droit de dire ce que je veux." Après un échange plutôt houleux, les deux hommes ne se mettront pas d’accord sur l’héritage de Margaret Thatcher. Même réduite en cendres, la Dame de fer continue d’attiser les tensions.