A onze mois des législatives de la mi-mandat, qui seront cruciales pour la suite de la présidence de Donald Trump, le Congrès des Etats-Unis est agité par des remous d’un genre inédit, susceptibles de brouiller les cartes électorales : ceux que provoque la campagne contre le harcèlement sexuel, qui a désormais largement débordé du monde de la culture pour affecter celui de la politique.

Jeudi, c’est un second parlementaire démocrate, Al Franken, qui a été acculé à la démission en l’espace de quelques jours. Cet ancien humoriste new-yorkais de 66 ans, élu de justesse dans le Minnesota en 2008 et réélu en 2014, est accusé par sept femmes de gestes déplacés. Il avait tenté de désamorcer la bombe en exprimant des regrets et en déclarant qu’il avait tiré les leçons de ses erreurs pour camper aujourd’hui un défenseur inconditionnel des droits des femmes.

Franken lâché par ses pairs

La parade n’a pas suffi. Mercredi, Kirsten Gillibrand, qui a succédé à Hillary Clinton comme sénatrice de l’Etat de New York, appelait Al Franken à renoncer à sa fonction. Elle recevait bien vite le soutien de nombreux collègues. En fin de journée, ce ne sont pas moins de 32 Démocrates sur 48 au Sénat, dont leur chef de file, Chuck Schumer, qui pressaient leur collègue de s’en aller.

La situation d’Al Franken était devenue intenable depuis l’éviction sans précédent, mardi, du doyen de la Chambre des représentants, le député démocrate de Detroit John Conyers. Accusé lui aussi de harcèlement sexuel, il a dû se résoudre officiellement à "prendre sa retraite", à l’âge de 88 ans.

La décision de l’influent magazine "Time" de désigner jeudi, comme "personnalités de l’année", les femmes qui ont "brisé le silence" sur le harcèlement sexuel, n’a fait que renforcer la pression sur le monde politique. Dans ces conditions, deux autres membres de la Chambre (un Démocrate, Ruben Kihuen, et un Républicain, Blake Farenthold), qui font face au même gendre d’accusations, sont à leur tour poussés vers la sortie.

L’entêtement de Roy Moore

Lui aussi sous le feu des critiques, un homme politique de l’Alabama a, en revanche, refusé de jeter l’éponge, et son obstination est désormais une source profonde d’embarras pour le Parti républicain et la Maison-Blanche : Roy Moore. Il se présente à l’élection qui, le 12 décembre, choisira le successeur de Jeff Sessions, parti du Sénat pour devenir en janvier le ministre de la Justice de Donald Trump. L’homme aurait dû l’emporter facilement face à son rival démocrate, Doug Jones, mais les sondages donnent désormais les deux candidats au coude à coude.

Ancien haut magistrat très conservateur de l’Alabama, Moore est accusé d’agressions sexuelles commises jadis sur plusieurs femmes dont la plus jeune avait 14 ans au moment des faits. S’il devait perdre le scrutin, sa défaite réduirait à 51 sièges sur 100 la majorité déjà ténue des Républicains au Sénat, raison pour laquelle Donald Trump s’est finalement résolu à le soutenir. Toutefois, une victoire ne réjouirait pas exagérément les Républicains qui, dans le climat actuel, ont d’ores et déjà jugé préférable d’ostraciser l’éventuel futur élu en le gardant à l’écart de toute fonction en vue, dans les commissions et ailleurs.