L'Union européenne compte menacer mardi la Hongrie de poursuites en justice si elle ne modifie pas dans un très bref délai des lois qui donnent au gouvernement de Viktor Orban des pouvoirs controversés sur la banque centrale et les juges notamment.

Une réunion des commissaires européens est prévue en début d'après-midi à Strasbourg, en marge d'une session du Parlement européen, pour entériner l'envoi à Budapest de trois lettres de mises en demeure, selon des sources européennes.

Viktor Orban y sera sommé de modifier "à très bref terme" des réformes constitutionnelles relatives aux nominations dans la banque centrale, au statut des juges et à l'autorité hongroise de protection des données. Il s'agit de la première étape d'une procédure d'infraction pouvant déboucher sur des poursuites devant la Cour de justice européenne.

L'exécutif européen ne doit plus que trancher sur le délai à lui donner, de quinze jours à un mois, selon une source européenne.

"Nous utiliserons tous nos pouvoirs pour nous assurer que la Hongrie respecte les règles de l'Union européenne", a averti la semaine dernière le président de la Commission José Manuel Barroso. Bruxelles juge en effet que les réformes votées par le Parlement hongrois sont en l'état en infraction avec le droit communautaire.

Budapest est sous pression également du Fonds monétaire international (FMI), qui s'inquiète particulièrement de l'indépendance du président de la Banque centrale, que la réforme prévoit de flanquer d'adjoints nommés par le gouvernement.

Le conflit en cours pourrait avoir des répercussions financières importantes, alors que la Hongrie peine à emprunter sur les marchés en raison de taux d'intérêt très élevés exigés. Car l'UE et le FMI, de facto, lient un nouveau prêt que vient de demander le pays à des modifications des textes contestés. L'Etat hongrois, au bord de la banqueroute, cherche à obtenir un crédit de 15 à 20 milliards d'euros.

La semaine dernière, M. Orban a commencé à infléchir sa position en se disant prêt à "négocier", mais sur certains points seulement.

Il viendra s'expliquer en personne mercredi devant le Parlement européen. "Nous ne permettrons pas à la gauche internationale d'accuser la Hongrie sur la scène internationale, avec des mensonges et calomnies infondées", a affirmé à Budapest le porte-parole de M. Orban.

Le débat promet d'être mouvementé, de nombreux eurodéputés dénonçant, comme du reste des dizaines de milliers de citoyens hongrois récemment descendus dans la rue, une dérive autocratique et nationalistes de Viktor Orban, pourtant lui-même une figure de la lutte anticommuniste au début des années 1990.

En avançant l'âge de départ à la retraite des juges, "il est évident qu'Orban cherche à provoquer une vague de départ dans la magistrature" pour y placer des proches de son parti, le Fidesz, juge l'eurodéputée écologiste Hélène Flautre.

Le problème est que face à cela, la Commission adopte "une approche strictement juridique", déplore-t-elle.

Cette même approche avait permis l'an dernier à la Commission d'obtenir une modification limitée de la loi sur les médias, sans empêcher le gouvernement de retirer sa licence à la seule radio d'opposition du pays, Klubradio.

Libéraux-démocrates, socialistes et Verts menacent de mettre la Hongrie au ban de l'Europe en lançant à son encontre la procédure prévue à l'article 7 du traité européen, qui permet de suspendre un Etat de ses droits de vote en cas de "violation grave" des valeurs de l'UE.

Mais, selon une source proche de la Commission, "la situation n'est pas mûre" pour enclencher une telle procédure, qui nécessite notamment "des preuves" concernant la façon dont les textes sont appliqués.