Les Américains ont vécu vendredi une journée de deuil national marquée notamment par la visite du président George W. Bush sur le site des tours anéanties du World Trade Center à New York et par la première annonce émanant du FBI sur une arrestation liée à l'offensive terroriste de mardi.

Une personne est entre les mains des autorités à New York, a déclaré un responsable du FBI sans plus de précision, sous couvert de l'anonymat.

George W. Bush, de son côté, s'est rendu à Camp David, la résidence de campagne présidentielle, pour examiner avec le vice-président Dick Cheney et ses conseillers du Conseil national de sécurité la préparation de la riposte des Etats-Unis.

Dans la journée, M. Bush, entouré d'un impressionnant dispositif de sécurité, avait salué et remercié les équipes qui tentent de déblayer les lieux de l'attentat à New York et de sauver les blessés éventuels, ou du moins de récupérer les corps des quelque 5.000 victimes.

"Ceux qui ont mis à bas ces immeubles vont bientôt entendre parler de nous", a-t-il notamment promis.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a appelé les nations à s'unir "contre les forces de l'obscurité".

En milieu de journée, toute la classe politique américaine s'était jointe au président pour assister dans la cathédrale de Washington à une cérémonie oecuménique à la mémoire des victimes des plus sanglants attentats de l'histoire, qui ont touché, outre le World Trade Center, le Pentagone à Washington.

M. Bush, qui a ordonné le rappel de quelque 50.000 réservistes, a affirmé que les Etats-Unis continuaient à faire face à des menaces d'attaques et a proclamé une situation d'urgence nationale, dans une lettre au Sénat.

Les sénateurs, puis les Représentants, l'ont autorisé à "recourir à la force" contre les terroristes responsables des attentats et ont voté le déblocage d'une aide d'urgence de 40 milliards de dollars pour les opérations de secours et de reconstruction et la lutte antiterroriste.

Les autorités américaines ont également renforcé la sécurité de la réserve stratégique pétrolière.

A travers tout le pays, lors de services religieux et de veillées de prières, des millions d'Américains ont pleuré les morts et disparus alors que le maire de New York Rudolph Giuliani exprimait un "fort espoir" de retrouver des survivants sous les gravats des tours jumelles.

Le président a décidé de prolonger d'une semaine l'hommage aux milliers de victimes des attentats en maintenant le drapeau américain en berne jusqu'au 22 septembre.

Dans le reste du monde, de multiples cérémonies ont aussi été organisées. Au Canada, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le Parlement à Ottawa, tandis que l'Europe s'est figée pendant trois minutes à la mémoire des victimes. A Berlin, 200.000 personnes se sont rassemblées à l'appel de tous les partis politiques allemands.

Du côté de l'enquête, hormis l'arrestation annoncée par un responsable du FBI, deux personnes ont été arrêtées à bord d'un bateau de croisière de la compagnie Carnival Cruise Lines, qui s'approchait de Miami (Floride, sud-est), selon les garde-côtes.

Le FBI a publié la liste des 19 pirates de l'air impliqués dans les attentats. Toutes ces personnes auraient été liées à l'organisation Al-Qaida du milliardaire d'origine saoudienne Oussama ben Laden, par le biais d'autres mouvements islamistes, notamment le Jihad islamique égyptien.

Selon un responsable du ministère de la Défense, deux terroristes, soupçonnés d'être impliqués dans les attentats ont suivi des cours dans des écoles militaires américaines, au Texas et dans l'Alabama.

L'enquête se poursuit également à l'étranger.

Au Canada, un individu qui pourrait être lié aux attentats a été interpellé, tandis que la Suisse recherche sur son sol d'éventuelles traces des auteurs des attentats.

A Bruxelles, un homme "d'origine maghrébine", proche de la mouvance islamiste et soupçonné de préparer un attentat contre des intérêts américains en Europe, a été inculpé de "tentative de destruction d'édifice par explosion".

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui avait désigné jeudi Oussama ben Laden comme le principal suspect, a lancé un avertissement aux taliban au pouvoir à Kaboul.

"Dans la mesure où vous accordez un refuge aux organisations comme celle dirigée par Oussama ben Laden (...) vous devez comprendre que vous ne pouvez séparer vos activités de celles des criminels", a-t-il affirmé.

Le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar, a appelé les Afghans à résister à une éventuelle attaque des Etats-Unis qui cherchent, selon lui, "des prétextes pour attaquer l'Afghanistan, vrai Etat islamique".

Dans l'espoir d'éviter de nouvelles tragédies, le département américain du Trésor a annoncé de son côté la création d'une cellule interministérielle dont la tâche sera de tenter d'assécher les sources de financement des réseaux terroristes.

Par ailleurs, les autorités aériennes américaines (FAA) ont rouvert l'espace aérien aux transporteurs étrangers, un grand nombre de compagnies et d'aéroports répondant désormais aux normes de sécurité additionnelles qui leur sont imposées.

Jeudi, deux petits avions avaient été forcés à l'atterrissage par mesure de sécurité, l'un non loin du ranch texan du président Bush, l'autre près de Washington, selon un responsable au ministère américain de la Défense.