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La journée du 11 septembre en détails

PAR NICOLE BURETTE

Publié le - Mis à jour le

RÉCIT

Alerte à la rédaction à 15h01 (il est 9h01 aux Etats-Unis). Un avion vient de s'écraser sur la partie supérieure d'une des deux tours du World Trade Center à New-York, rapporte la télévision américaine CNN. On ignore encore s'il y a des victimes, précise la dépêche qui annonce l'information. On branche immédiatement CNN où, effectivement, un nuage de fumée s'échappe des derniers étages de cette tour.

Quelle n'est pas la stupéfaction de voir soudain apparaître sur la droite de l'image un autre appareil. Qui va, ni plus ni moins, se jeter dans la deuxième tour, un peu plus bas. Il la perfore de part en part. Un trou béant apparaît sur plusieurs étages crachant un énorme champignon de feu et de fumée noire. Dix-huit minutes se sont passées entre les deux. Là, la thèse de l'accident perd tout son sens. Il s'agit d'un double attentat. Qui? Les palestiniens sûrement, imaginent les uns et les autres.

Les yeux sont braqués sur les différentes chaînes de télévision qui restent durant de longues minutes immobilisées sur ces deux tête de gratte-ciel. Rien sur ce qui se passe au sol. Sur le bouclage vraisemblable du quartier. Sur la panique qui doit y être absolue. « Un groupe palestinien vient de revendiquer le double attentat», annonce, comme une confirmation des soupçons, un communiqué laconique.

Sur les écrans, le président des Etats-Unis, Georges W. Bush, prend la parole, déclarant qu'il «s'agit apparemment d'une attaque terroriste». Il annonce son intention d'ordonner «une enquête pour pourchasser ces terroristes».

Le monde n'en est pas au bout de ses surprises. «Le Pentagone brûle aussi», hurle une quarantaine de minutes plus tard un confrère, en contact par e-mail avec un ami vivant à New York. Stupeur sur tous les visages. «Ce n'est pas possible». «C'est une véritable déclaration de guerre!». Une bombe, un troisième avion? Combien de victimes? Le département de la Défense avait heureusement été évacué quelques minutes plus tôt. Un premier bilan fait état de 7 blessés. On apprendra par la suite qu'il s'agit d'un troisième appareil qui se serait heureusement écrasé dans le jardin tout proche du bâtiment qui, en temps normal, abrite 20 000 personnes.

A New York, les dépêches parlent d'au moins 6 morts et de 1000 blessés. Un chiffre auquel personne ne croit en regardant les deux lignes de flammes qui, outre l'étage qu'elles sont en train de consummer, retiennent prisonniers les occupants des niveaux supérieurs. Un chiffre que tout le monde imagine terrible en apprenant que cette ville verticale abrite durant les heures d'activités (la journée de travail vient de commencer) quelque 40.000 personnes.

A Washington, la Maison blanche est évacuée. Petit à petit, les informations se précisent. Trois avions auraient été détournés en même temps. S'il est question d'appareils vides dans un premier temps, on apprend bien vite qu'ils étaient occupés. La compagnie aérienne American Airlines annonce la perte de deux avions transportant au total 156 personnes.

Les hypothèses continuent à fuser. «Les Palestiens n'ont pas les moyens de monter seuls une telle opération»? estiment les uns. Le président palestinien Yasser Arafat monte en tout cas au créneau, condamnant la vague d'attentats spectaculaires mardi aux Etats-Unis, les qualifiant de crime contre l'humanité. Le mouvement islamiste radical palestinien Hamas affirme lui aussi n'avoir aucun lien avec les attentats qui ont secoué les Etats-Unis tout en indiquant que ces attaques devraient inciter Washington à réviser sa politique dans le monde. 16h05 en Belgique (GMT +2). Nouveau choc de taille. La première tour, dont le sommet ne cessait de se lézarder sous la fumée, présente des signes inquiétants. Médusé, le monde assiste à sa lente chute, terriblement pathétique. Ne reste plus, au bout d'un temps qui semble interminable, qu'un immense tas de poussières et de bricaillons. Manhattan ressemble à un manchot blessé. «C'est incroyable. C'est énorme! C'est énorme», entend-t-on de toute part. «Manhattan s'écroule comme un château de cartes. C'est hallucinant!»

Le scénario de science-fiction n'a pas encore livré son dernier rebondissement. A 16h28 chez nous (10h28, heure locale), la deuxième tour connait le même sort que la première. Elle s'effondre à son tour, répandant des milliers de tonnes de débris dans les rues environnantes. Un monstrueux nuage de poussière recouvre tout le sud de l'île de Manhattan. Le centre d'affaires des Etats-Unis, qui abritait les plus tours parmi les plus hautes du monde, est décapité. Le maire de New York, Rudolph Giuliani, parle d'un bilan terrifiant. Il demande aux habitants de quitter le sud de l'île de Manhattan.

Dans les rues, la panique est totale. Des piétons recouverts de poussière courent dans tous les sens, des voitures de police passent en trombe, toute sirènes hurlantes et des témoins en pleurs s'effondrent sur les trottoirs. «J'ai entendu un grondement énorme au-dessus de ma tête. Un avion est rentré droit dedans», témoigne un jeune Américain qui se rendait à la station de métro à proximité des tours jumelles lors du premier impact. Un employé travaillant au premier étage d'une des tours raconte: «au moins 14 personnes ont sauté par les fenêtres».

Deux minutes plus tard, on apprend qu'une voiture piégée a explosé au département d'Etat à Washington.

Une autre alerte vers 17h30 (13h30 locales) fera encore trembler. L'administration fédérale de l'aviation (FAA) américaine signale qu'elle a «perdu le contrôle d'un ou plusieurs avions». Et deux minutes plus tard, un Boeing 747, assurant la liaison Chicago-New York s'écrase dans l'ouest de la Pennsylvanie. On ne sait si cet accident a un lien avec les attentats. Tous les avions sont alors cloués au sol aux Etats-Unis.

La psychose est totale. Et gagne les pays européens. Les bourses, après avoir été dopées un court moment, s'effondrent. La Grande-Bretagne, alliée privilégiée de Washington, suit, horrifiée, la cascade d'attentats sans précédent perpétrée aux Etats-Unis. Par la voix de son premier ministre Tony Blair, elle offre «toute l'aide possible» pour retrouver les auteurs de ces attentats «effroyables». L'état d'alerte est renforcé dans tous les bâtiments gouvernementaux, civils et militaires. La bourse de Londres est évacuée, «à titre de prévention».

La plupart des métropoles du monde interrompent les vols vers les Etats-Unis. Les avions qui sont en route font demi-tour. En Belgique, le siège de l'Otan est évacué. Les vols suspendus au-dessus de Zaventem, «à cause de sa proximité avec des centres de décisions politiques sensibles». Les avions sont détournés vers d'autres aéroports, que la tour de contrôle belge Belgocontrol refuse de nommer «pour des raisons que vous comprendrez».

En fin de journée, l'Amérique, «groggie», était dans l'incapacité d'estimer le nombre de victimes.

Et les hypothèses les plus contradictoires continuaient à se succéder quant aux possibles auteurs de ces attentats. L'extraordinaire précision avec laquelle cette opération a été plannifiée laissait les experts perplexes. Même l'islamiste d'origine saoudienne Oussama ben Laden, 44 ans, ennemi public numéro un des Etats-Unis, ne paraissait pas être en mesure d'avoir préparé tout seul cette série d'attentats, selon certains d'entre eux.

La seule revendication des explosions d'avions de ligne contre les tours jumelles du World Trade Center, à New York, et contre le Pentagone (ministère de la Défense), à Washington, a été faite à Amman au nom de l'organisation extrémiste nippone Armée rouge japonaise. Mais cette revendication n'a reçu aucune confirmation.

Ben Laden avait prévenu il y a trois semaines qu'il allait mener une attaque importante contre les intérêts américains, rappelait quant à lui à Londres le rédacteur en chef du quotidien arabe Al-Quds, citant de très bonnes sources. Cette série d'attentats est assurément l'oeuvre de fondamentalistes islamiques appartenant au réseau ben Laden, a déclaré à Londres un journaliste réputé avoir accès à ben Laden, Abdel-Bari Atwan. Ces attaques bien orchestrées et bien organisées pourraient être le fait d'un groupement de plusieurs fondamentalistes islamiques travaillant ensemble, a estimé M. Atwan.

Pour un spécialiste français du terrorisme, Roland Jacquard, ben Laden n'a pu agir sans complicités et qu'en planifiant avec d'autres personnes. Ben Laden est lui-même isolé et en difficulté avec d'autres groupes islamistes, a souligné M. Jacquard à la chaîne de télévision privée LCI.

L'implication de ben Laden, qui s'est déjà attaqué plusieurs fois aux intérêts américains est plausible, mais il faut être extrêment prudent avant d'avancer des certitudes, déclarait le directeur de l'Institut français des relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface.

Spécialiste du Proche-Orient chez Nord-Sud Export, Agnés Levallois ne voyait «pas sur la scène arabe un mouvement capable de monter une telle opération (...) Si la piste ben Laden s'avérait la bonne, il est évident qu'elle serait liée à la situation au Proche-Orient. Les milieux politiques et diplomatiques faisaient preuve du même désarroi, tout en évoquant également la situation au Proche-Orient.

© La Libre Belgique 2001

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