envoyé spécial à new york

Dans les couloirs de l'Onu, à New York, les conversations roulent principalement sur la Birmanie. Et elles aboutissent invariablement à la conclusion que tout va dépendre du succès, ou non, de la mission de bons offices que mène actuellement sur place le Nigérian Ibrahim Gambari, émissaire spécial pour la Birmanie du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon.

"C'est un diplomate remarquable et il peut certainement obtenir des résultats", commente un diplomate européen, oubliant un peu vite que les deux précédentes visites de M. Gambari en Birmanie, en novembre 2006 et mai 2007, n'avaient guère infléchi la junte au pouvoir.

Il est vrai, cependant, que la donne a changé et on le voit à la vitesse avec laquelle l'émissaire de l'Onu mutiplie les contacts. En quelques heures, il a rencontré, à Rangoon, la figure de proue de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence, puis, à Naypyidaw, la nouvelle capitale, une première brochette de généraux : le chef du gouvernement, Thein Sein, et les ministres de l'Information et de la Culture. Il devait être reçu, dimanche soir, par le numéro un de la junte, Than Shwe.

Sans qu'on sache ce qui s'est dit, l'impression prévaut que les militaires birmans mesurent l'urgence de la situation. Certes, l'armée a repris le contrôle de la rue et des centaines, voire des milliers de personnes sont en prison. Mais, si de nouvelles manifestations de masse sont donc a priori exclues dans l'immédiat, tout le monde s'accorde à penser que c'est un couvercle précaire qui a été posé sur un chaudron en ébullition.

La communauté internationale exerce elle aussi une pression probablement sans précédent. L'indignation est quasi unanime, non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi au sein de l'Asean, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est qui, d'ordinaire, s'abstient de rabrouer ses membres.

Dans ces conditions, des pays comme la Chine et la Russie, qui par intérêt politique et économique, continuent de défendre la junte, ne pourront sans doute plus le faire très longtemps. Pékin a d'ores et déjà fait savoir qu'une influence discrète était exercée pour amener les généraux à plus de discernement et c'est très certainement le cas.

Une des pistes envisagées à l'Onu est de ne plus cantonner Ibrahim Gambari dans son rôle de rapporteur, mais d'en faire un médiateur. Il resterait en Birmanie le temps nécessaire pour arbitrer un véritable dialogue politique avec des échéances claires pour engager la dictature sur la voie de réelles réformes.

Impatience américaine

Les Américains se disent, en tout cas, déterminés à obtenir un changement de régime à Rangoon. Ils comptent sur M. Gambari pour dégager de telles perspectives. Celui-ci jouit sans doute de leur confiance puisqu'il a non seulement une longue expérience des Nations unies (il y fut le représentant de son pays pendant neuf ans - un record - avant d'être nommé secrétaire général adjoint), mais aussi un solide background américain (il a fait son doctorat à Columbia et a enseigné dans plusieurs universités aux Etats-Unis).

Si, toutefois, M. Gambari ne devait pas réussir, le dossier devrait être renvoyé devant le Conseil de sécurité. La Chine et la Russie seraient mises alors au pied du mur, pressées de continuer à défendre un régime indéfendable ou de se rallier à une politique générale de sanctions. Si l'on en croit des informations faisant état de contacts informels entre Pékin et l'opposition birmane, un tel scénario pourrait être d'ores et déjà envisagé par la direction chinoise.