De l'Inde à l'Europe occidentale en passant par la Chine même, les actes de protestation se multipliaient jeudi, à la veille de l'ouverture des jeux Olympiques à Pékin, pour dénoncer la répression des droits de l'Homme en Chine.

A l'initiative notamment d'associations soutenant les Tibétains et les Ouïghours et du mouvement spirituel Falung Gong, pétitions, veillées, manifestations, initiatives diverses se déroulaient en Europe. Mais la mobilisation était encore modeste en attendant le jour J de l'ouverture vendredi, qui devrait voir la protestation s'intensifier, avec des rassemblements prévus dans plusieurs grandes capitales européennes.

Paris, échaudé par les débordements ayant émaillé le 7 avril le passage de la flamme olympique, a d'ailleurs interdit toute manifestation jeudi et vendredi aux abords de l'ambassade de Chine, s'attirant les critiques d'ONG.

L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a déposé une demande de suspension des arrêtés de la préfecture de police de Paris interdisant les manifestations devant l'ambassade de Chine. En Chine même, de petites protestations individuelles n'ont pu être empêchées par l'intense maillage policier: trois chrétiens américains ont été expulsés jeudi de force de la place Tiananmen pour y avoir prié pour la deuxième fois. "Nous étions sur la place Tiananmen en train de prier pour le peuple de Chine quand la police nous a tirés de force sur la voie publique", a déclaré le révérend Patrick J. Mahoney.

Trois autres militants des droits de l'Homme se sont vu refuser l'entrée à Hong Kong depuis mercredi. L'un d'eux, Yang Jianli, citoyen chinois vivant aux Etats-Unis, est resté en détention jusqu'à jeudi avant d'être expulsé vers Tokyo. Cet ancien prisonnier politique chinois avait prévu de participer à une "marche pour les droits de l'Homme" à Hong Kong.

Deux Britanniques et deux Américains ont en outre été expulsés de Chine vers leurs pays respectifs après avoir déployé mercredi une banderole "Tibet libre" près du stade national à Pékin. Les deux Britanniques expulsés ont assuré à leur arrivée à Londres que d'autres actions auraient lieu.

127 athlètes, dont une quarantaine participent aux Jeux, ont signé une lettre ouverte au président Hu Jintao appelant au respect des droits de l'Homme. Dans leur lettre, initiée par l'ONG allemande "Sports for Peace", les sportifs appellent notamment M. Hu à "protéger la liberté d'expression et la liberté religieuse dans votre pays, y compris au Tibet". Quelque 2.500 exilés tibétains ont par ailleurs manifesté à New Delhi et Katmandou.

Dans la capitale fédérale indienne, près d'un millier d'exilés ont défilé sous très haute sécurité en criant "Dites +non+ aux JO". La police était équipée d'extincteurs et de couvertures de peur que certaines moines s'immolent par le feu. Des moines et nonnes, priant et chantant, demandaient aussi la "fin du génocide culturel" au Tibet à Katmandou où un journaliste de l'AFP a assisté à quelques heurts entre Tibétains et policiers.

En France, une marche de soutien au Tibet devait être organisée à partir de jeudi autour du Mont Blanc, jusqu'au 24 août. Jetsum Pema, soeur du dalaï lama, était "l'invitée d'honneur" de l'association organisatrice. La manifestation débutait par un concert dans la station des Houches, près de Chamonix.

Mercredi, à Paris, une vingtaine de manifestants pro-tibétains avaient envahi une boutique du groupe de messagerie UPS, pour dénoncer les "sponsors des jeux de la honte", "complices" de la répression.

A Ottawa, cinq militants pro-tibétains se sont brièvement enchaînés mercredi aux grilles de l'ambassade. A Vancouver, un rassemblement s'est tenu devant le consulat de Chine, durant lequel les manifestants ont bloqué l'entrée du bâtiment par une imitation de char. Des membres d'Amnesty International ont d'autre part cherché en vain à déposer à l'ambassade une pétition signée par quelque 60.000 Canadiens.

A Berlin, des militants des causes tibétaines, mongoles et ouïghoures ont aussi tenté jeudi de déposer une pétition à l'ambassade de Chine.

A Lisbonne, une manifestation était prévue jeudi soir devant l'ambassade de Chine, et à Porto (nord), une veillée pour le Tibet au centre-ville.

En Suisse, l'Association de la jeunesse tibétaine organisait des veillées aux bougies à Zurich, Berne, Bâle, Lucerne et d'autres villes.

En Norvège, le Comité norvégien de soutien au Tibet appelait la population à allumer une bougie pour le Tibet à 19H00 GMT.