Carla del Ponte, membre de la commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Syrie, a jugé crédible le chiffre selon lequel la moitié des rebelles seraient des islamistes durs, dans un entretien diffusé lundi soir sur la radio-télévision suisse romande. Selon une étude publiée mené par l'institut de défense IHS Jane's, dont des extraits ont été publiés dans le quotidien britannique The Daily Telegraph, les jihadistes et islamistes membres de groupes extrémistes forment près de la moitié des forces rebelles.

"C'est absolument crédible. Moi, je dirai même un petit peu plus", a déclaré Carla del Ponte lors d'un entretien avec la RTS, tout en précisant que son équipe n'avait pas encore fait ses propres calculs. "Plus le côté des opposants démocratiques et pour la paix diminue, plus augmentent les extrémistes et naturellement plus augmentent les crimes commis par les opposants", a-t-elle ajouté. Carla del Ponte a rappelé qu'outre les crimes commis par les forces loyales au président Bachar al-Assad, des "crimes atroces" avaient également été perpétrés du côté des rebelles.

L'étude de l'institut IHS Jane's doit être publiée cette semaine. Elle évalue à 100.000 le nombre des rebelles engagés dans le combat contre le régime du président Assad. Mais ces combattants se sont divisés en près de 1.000 groupes différents depuis que la guerre civile a éclaté il y a deux ans et demi en Syrie, selon cette étude.

Ban Ki-moon dénonce "un crime de guerre" en Syrie

Plus tôt dans la journée, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a qualifié l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, attesté par un rapport d'experts, de "crime de guerre" devant le Conseil de sécurité. M. Ban a réclamé que les responsables --qu'il n'a pas désignés-- "rendent des comptes" pour ce "crime méprisable" et il a demandé au Conseil de prévoir des "conséquences" si Damas ne respectait pas le plan de démantèlement de son arsenal chimique mis au point par Washington et Moscou.

"Je demande instamment au Conseil (...) une résolution claire", a déclaré M. Ban. Se référant à l'accord américano-russe sur le désarmement chimique en Syrie conclu samedi à Genève, il a rappelé que celui-ci prévoyait "qu'en cas de non-respect (par Damas de ses engagements), le Conseil de sécurité devrait appliquer des mesures sous chapitre 7 de la Charte de l'ONU". Ce chapitre prévoit des sanctions pouvant aller jusqu'à l'usage de la force si un pays ne respecte pas une décision du Conseil. "Je suis d'accord qu'il doit y avoir des conséquences (pour Damas) en cas de non-respect", a ajouté M. Ban, sans toutefois parler de frappe militaire.

"Preuves flagrantes et convaincantes" 

Washington, Londres et Paris veulent faire pression sur le régime syrien par le biais d'une résolution sous chapitre 7 alors que Moscou refuse toute menace militaire contre son allié syrien. Dans son exposé, basé sur le rapport des experts de l'ONU qui ont enquêté en Syrie, M. Ban a fait état de "preuves flagrantes et convaincantes" que du gaz toxique sarin a été utilisé contre la population le 21 août près de Damas. Washington, Londres et Paris accusent les forces gouvernementales syriennes d'avoir perpétré ce massacre.

"Les résultats (de l'enquête) sont accablants et irréfutables", a-t-il affirmé. "Les faits parlent d'eux-mêmes". "La mission (d'enquête) des Nations unies a désormais confirmé sans équivoque et de manière objective que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie".

Outre les échantillons médicaux et les indices qu'ils ont recueillis, dont des fragments de munitions, les experts, a précisé M. Ban, ont interrogé plus de 50 survivants, médecins ou secouristes. Ceux-ci ont décrit "une gamme de symptomes" allant de l'essoufflement à la perte de connaissance en passant par des irritations oculaires et des nausées. Les secouristes ont "vu de nombreuses personnes gisant sur le sol, beaucoup mortes ou ayant perdu connaissance" et ne portant pas de blessures apparentes, a ajouté M. Ban. Le rapport, a-t-il expliqué, souligne que la température en ce matin du 21 août près de Damas avait chuté entre 2 et 5 heures du matin, créant des conditions favorables pour que le gaz stagne au sol et "pénètre facilement dans les parties basses des habitations où de nombreuses personnes avaient trouvé refuge" .

Londres: il est "extrêmement clair" dans le rapport de l'ONU que c'est le régime de Damas qui est responsable

La Grande-Bretagne a estimé lundi que le rapport de l'ONU sur l'attaque chimique du 21 août en Syrie démontrait de manière "extrêmement claire" que le régime de Bachar al-Assad en était "responsable".

"Nous saluons ce rapport objectif et sans équivoque qui confirme que des armes chimiques ont été utilisées sur une grande échelle", a déclaré dans un communiqué le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague, selon lequel "d'après la profusion de détails techniques figurant dans le rapport (...) il est extrêmement clair que le régime syrien est le seul à avoir pu en être responsable".

Le rapport de l'ONU sur l'attaque chimique démontre la responsabilité du régime 

La Maison Blanche a estimé lundi que le rapport de l'ONU sur l'attaque chimique du mois dernier en Syrie démontrait que le régime de Bachar al-Assad en portait la responsabilité. "Les informations dans ce rapport, indiquant que du gaz sarin a été lancé au moyen de fusées sol-sol que seul le régime possède, montre clairement qui est responsable" de cette attaque, a affirmé le porte-parole de l'exécutif américain, Jay Carney. Les experts de l'ONU qui ont enquêté en Syrie sur l'attaque du 21 août --qui a fait plus de 1.400 morts selon Washington--, ont trouvé des "preuves flagrantes et convaincantes" de l'utilisation de gaz sarin, selon leur rapport publié lundi.

La première page du rapport, remis dimanche au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon par le chef des inspecteurs Aake Sellström, ajoute que "des armes chimiques ont été utilisées sur une échelle relativement grande" au cours du conflit syrien "contre des civils, y compris des enfants". Le document précise que l'attaque a été perpétrée à l'aide de "roquettes sol-sol contenant du gaz sarin". Ban Ki-moon a qualifié lundi l'utilisation d'armes chimiques en Syrie de "crimes de guerre".