Un roi aux yeux humides, un Premier ministre à la voix tremblotante, des personnalités politiques en larmes, des centaines d'anonymes silencieux: la messe en hommage aux victimes des attaques en Norvège qui ont fait 92 morts s'est déroulée dans une ambiance pesante.

Scène rarissime, le roi Harald V a été vu les yeux rougis de larmes dans la cathédrale d'Oslo tandis que sa fille, la princesse Märtha-Louise, et son épouse, la reine Sonja, ne pouvaient, elles, retenir leurs sanglots.

Dans l'assemblée de dignitaires vêtus de noir et d'anonymes, plusieurs personnalités prenaient leur tête entre les mains, prostrées et visiblement effondrées. Certains participants éclataient en larmes.

Le Premier ministre Jens Stoltenberg n'a pas pu cacher non plus son émotion lors de sa prise de parole et c'est d'une voix étranglée qu'il a confié qu'il connaissait plusieurs des personnes qui ont péri dans le carnage de vendredi. Les noms et photographies des victimes seront bientôt publiés, a-t-il annoncé. "L'ampleur du Mal émergera alors", a-t-il dit. "Nous sommes un petit pays mais nous sommes un peuple fier", a ajouté le Premier ministre en précisant que son pays "n'abandonnera jamais ses valeurs".

Assis au premier rang, Eskil Pedersen, le dirigeant du mouvement de la jeunesse travailliste, qui a été décimée dans la fusillade de vendredi, laissait aussi couler ses larmes.

Dehors, la foule, de tous les âges et de toutes les origines, n'a malheureusement pas pu entendre ni voir la célébration. Kent Eide, 30 ans, un bouquet de fleurs et un drapeau norvégien à la main, est venu "pour dire au reste du monde que nous restons fort". Comme de nombreux Norvégiens, le jeune homme se dit "choqué mais fier d'être présent".

Pendant la messe qui a duré une heure et demie, la foule s'est faite de plus en plus dense à l'extérieur, dans un silence pesant. Une longue file d'attente s'est formée pour déposer fleurs et bougies sur le parvis de la cathédrale sous l'oeil de dizaines de caméras et photographes du monde entier. "C'était important de venir. Il y a trois jeunes de mon coin qui sont morts vendredi", explique Lill-Hege Svendzen, une simple rose rouge à la main. "C'est aussi important de montrer que les Norvégiens sont soudés", commente la jeune femme qui "vit dans le nord de la Norvège".

Grand, un pantalon de treillis, le crâne rasé et une barbe de viking, Einar Pedersen, 25 ans, est également "fier d'être là". "Il faut montrer que nous sommes solidaires", lance-t-il en tenant son fils de six ans par la main. "C'est émouvant tous ces gens qui sont là", glisse Torill Gustavsen qui est venue par "solidarité". "Il faut se soutenir les uns les autres", ajoute cette Norvégienne de 43 ans.

"Je suis triste, très triste", déclare Aline De Luna, 43 ans. Originaire des Philippines, elle "vit en Norvège depuis 23 ans" et est venue avec son mari et son fils de huit ans. "Je ne peux pas imaginer que cela arrive en Norvège", dit-elle en cherchant ses mots, la voix étranglée par l'émotion.

"L'ouverture et la liberté sont les bases de cette société ainsi que le respect des autres et des idées", conclut-elle avant de déposer, elle aussi, un bouquet de fleurs devant la cathédrale. Avant d'entrer dans l'église, le chef du gouvernement M. Stoltenberg s'était incliné devant les bouquets à proximité de l'édifice religieux, un modeste bâtiment en pierres du centre d'Oslo.

A leur sortie, plusieurs personnes se sont de nouveau effondrées en larmes devant ces témoignages d'anonymes.