Paradoxe. Mardi, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a annoncé après le dépouillement de 89,28 % des bulletins, que le Président Kabila devançait de 2,5 millions de voix son rival, vieux lutteur Etienne Tshisekedi. Les carottes semblaient cuites. Et puis, coup de théâtre, dans la nuit, on a appris que la Ceni avait décidé de reporter de 48 heures, la publication des résultats complets et que les deux camps approuvaient la décision.

La peur du chaos promis par le camp de "Tshitshi" ? Aubin Minaku, secrétaire général de la Majorité présidentielle allègue des : "contraintes logistiques" qui ont empêché certaines circonscriptions de transmettre leurs procès-verbaux.

Personne n’est dupe. Jusqu’à présent, les missions d’observateurs internationaux ont cherché à éviter d’irriter le camp présidentiel en prononçant un avis trop négatif sur la crédibilité du scrutin. Mais une fois le score final annoncé, les arbitres se trouveront le dos au mur et devront prendre leurs responsabilités. De facto, la Communauté internationale est embarrassée, tiraillée entre l’euphorie de tel chef de mission diplomatique qui félicitait au lendemain du scrutin le président de l’Assemblée nationale Evariste Boshab pour la victoire du Président Kabila et les avis de la mission des observateurs de l’UE, assez critiques quant au déroulement du vote.

Pour beaucoup de Kinois, le chef de file de la communauté internationale, Roger Meece, représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu passe pour un "mouvancier", autrement dit pour un supporter du camp présidentiel surtout après avoir félicité mardi les autorités pour leurs efforts afin d’assurer un climat apaisé lors des élections du 28 novembre. Des propos qui contrastent avec les témoignages d’opposants blessés par les tirs de la Garde Républicaine et filmés sur leur lit d’hôpital par les caméras de la VRT.

L’un des héraults de la société civile de Kinshasa, l’abbé José Mpundu, va jusqu’à reprocher aux rapports des missions d’observations internationales d’être "idéologiquement orientés", pour avoir prétendu que les élections s’étaient déroulées de façon satisfaisante selon les normes universelles, hormis quelques irrégularités ci et là.

Mais, à tort ou à raison, dans les cités de Kinshasa, on pense que la tricherie a été la norme. Et l’abbé de mentionner dans une lettre ouverte, une anthologie des irrégularités : doublons, omissions, remise de cartes d’électeurs à des enfants, à des policiers, à des militaires et des étrangers, bulletins déjà cochés, mise à l’écart de témoins dans certains bureaux de vote, kidnapping d’urnes par des éléments armés, etc.

Plus de 20 000 hommes en armes ont été déployés depuis lundi dans Kinshasa. Paradoxalement on dirait qu’à l’heure de la proclamation des résultats, le pouvoir et les ambassades qui, confie un observateur n’ont pas réagi face à ce qu’il décrit comme une "préparation opaque" du scrutin, craignent la réaction de la rue. Etrangement, c’est le perdant annoncé, Tshisekedi qui joue les bons princes. Naguère, il avait déclaré que si Kabila restait en place après le 6 décembre, jour anniversaire de sa prestation de serment en 2006, le chef de l’Etat sortant serait illégitime. Là, soudain, "Tshitshi" ne met plus la pression. Selon son porte-parole, Albert Moleka "les Congolais peuvent même attendre plus de deux jours pour voir les résultats des urnes mais pas les résultats concoctés par un serveur". Une dernière chance à la Ceni de s’amender.