L’argent est le nerf de la guerre. Et pour mener la sienne, l’Etat islamique (EI ou Daech) peut compter sur une montagne de richesses - pillées, extorquées… - qui continue à lui rapporter gros. Tenter de réduire ses ressources financières afin de l’empêcher de payer ses combattants, ses armes et son personnel administratif ressort d’une logique implacable. La résolution votée jeudi soir à New York par le Conseil de sécurité de l’Onu va dans ce sens. Ce texte, adopté à l’unanimité par les ministres de Finances des quinze pays qui le composent, demande aux Etats d’agir "de manière énergique et décisive pour couper les fonds et autres ressources économiques" de l’EI, notamment en ce qui concerne le trafic de pétrole, de gaz et d’antiquités. Il demande aussi de sanctionner "de manière encore plus active" les soutiens financiers du groupe.

Cette résolution complète une autre adoptée au début de l’année, visant à geler les avoirs financiers de ceux qui soutiennent l’EI en lui achetant son pétrole ou ses antiquités.

Mais elle ne risque de ne pas changer grand-chose à la situation.

Le gros morceau des extorsions

D’après un rapport réalisé l’an dernier par l’expert français Jean-Charles Brisard pour Thomson Reuters, le patrimoine de Daech est estimé à plus de 2 000 milliards de dollars. Un montant qui englobe les sommes dérobées dans les banques (dont 450 millions à Mossoul) et la valeur des infrastructures pétrolières, gazières et des terres agricoles des zones qu’il contrôle.

Daech dispose aussi de recettes annuelles que le rapport Brisard évaluait l’an dernier à quelque 2,5 milliards de dollars. Mais un récent rapport, du cabinet américain IHS d’analyse de risques pour les entreprises, estimait à quelque 80 millions de dollars les revenus mensuels de l’EI, soit moins de 1 milliard de dollars sur base annuelle. Ce qui tend à traduire une baisse sensible de la part générée par la contrebande pétrolière et gazière, en raison de la lutte accrue contre les filières et la destruction d’installations tombées sous le contrôle du groupe.

Le plus gros morceau de ses revenus (et une part grandissante de ceux-ci), Daech le tire des différentes extorsions qu’il pratique sur son "territoire", où vivent plus de dix millions de personnes. La taxation y tient une place prépondérante. Daech taxe à tout niveau : les individus, les entreprises, les retraits bancaires, les services, les biens de consommation…

D’après le rapport Brisard, tous les salaires sont soumis à une taxe de 5 %, destinée à alimenter pour une prétendue "couverture sociale". Toute entreprise et tout service commercial est taxé à 20 %. Sans oublier les taxes routières, de douane ou une taxe dite de protection pour les habitants issus de communautés non musulmanes restés sur place (la "jizya").

Un financement par extorsion que le rapport Brisard qualifie de "commun aux multiples groupes terroristes à travers le monde". Un financement, surtout, qui permet une autonomie financière pour Daech. Et contre lequel aucune résolution de l’Onu n’a de prise.