Dans la matinée, les 4x4 bourrés de policiers et de militaires de la Garde républicaine quadrillaient la capitale et se sont déployés à tous les carrefours. Mais dans les quartiers populaires de Bumbu et Makala, cette démonstration de force n’a pas empêché des manifestations spontanées de jeunes gens prêts à en découdre. Jeudi soir, la RTBF montrait des images de jeunes surexcités, l’un se passant le doigt sous la gorge tout en regardant la caméra d’un air de défi. Jour après jour, signale un journaliste congolais, l’usage des cocktails molotov se répand de plus en plus chez les indignés de Kinshasa.

Mais il ne l’écrira pas. "Les médias qui osent tenir un discours contraire au système ou critiquer la Commission électorale sont fermés sans autre forme de procès", confie ce confrère dont l’organe ne pourra pas publier non plus qu’un millier de procès-verbaux électoraux ont disparu à Kinshasa.

Dans la journée on a parlé d’affrontements à Limete, QG d’Etienne Tshisekedi, entre les militants de l’UDPS et les forces de sécurité. Il y aurait eu trois morts. Des journalistes européens tentent de vérifier. Ils doivent rebrousser chemin, accueillis à coups de pierres, rançon de la conviction enracinée chez les habitants de Kin que les Mindélé (blancs) et les autres étrangers soutiennent le Président Kabila.

Procès d’intention ? International Crisis Group exprime le point de vue de beaucoup de Congolais en soulignant dans un rapport publié jeudi la faiblesse de l’engagement de l’Onu qui a été réticente à critiquer ouvertement le gouvernement et la (Ceni), et de souligner l’inefficacité des bailleurs de fonds - dont l’UE qui a financé ces élections entachées d’irrégularité - à empêcher la consolidation du pouvoir de Kabila.

Dismas Kitenge, le Vice-Président de la Fédération internationale des droits de l’homme et président du Groupe Lotus, adjurait jeudi matin l’Onu d’apaiser les tensions "Son action doit être impartiale, immédiate et efficace au risque de devoir réagir tardivement à une flambée de violence", déclarait-il par communiqué. C’est sans doute trop tard. Car la confusion a même gagné les rangs de la police. A Limete, un lieutenant commis à la garde de Tshisekedi a tiré sur ses collègues. La police qui l’a finalement arrêté affirme que c’est le vieux leader qui lui aurait donné l’ordre d’ouvrir le feu sur ses collègues.

L’ambiance devient malsaine. ICG fait état du renforcement des effectifs de la Garde républicaine dans les camps militaires du pourtour de Kinshasa. "Tous les camps peuvent mobiliser des milices facilement", avertit l’ONG, qui craint un bain de sang. Reste à voir si 20 000 hommes pourront tenir la capitale où la majorité des 8 à 10 millions d’habitants est hostile au vainqueur proclamé par la Ceni depuis le début de la semaine.

A l’autre bout du pays, des militaires se déployaient dans les rues de Goma y instaurant un état de siège de facto. Comme au Kasaï Oriental. A Goma aussi, les motifs de mécontentements sont considérables : le jour du vote, des bureaux ont été déplacés, décourageant les moins motivés. Contrairement à 2006, quand l’Onu protégeait les bureaux de vote, il a été possible d’introduire quantité de bulletins, confie à "La Libre" un observateur de la société civile.

Les critiques émanent même de la majorité présidentielle. Le député Bahati Lukwebo, qui a dénoncé le bradage des richesses minières, se dit victime de la fraude des proches du Président dans sa circonscription de Kabare.

De nouveaux incidents ont opposé les manifestants anti-Kabila aux policiers, jeudi soir, dans le quartier Matonge à Ixelles