Une ambiance de veillée d'armes s'est emparée des Etats-Unis samedi, les plus hauts dirigeants américains restant reclus à Camp David pour préparer la riposte aux attentats terroristes du 11 septembre.

"Nous sommes en guerre", a averti le président américain George W. Bush, qui pour la première fois a désigné Oussama ben Laden comme "principal suspect" pour les attentats qui ont fait plus de cinq mille morts au World Trade Center à New York, au Pentagone à Washington et dans le crash d'un avion détourné en Pennsylvanie.

Au lendemain de la mobilisation de 35.000 réservistes, le président a ajouté que "toute personne portant l'uniforme américain doit se tenir prête".

M. Bush s'adressait à la nation depuis Camp David, la résidence présidentielle de campagne, à quelque 90 km de Washington où il a retrouvé son vice-président Richard (Dick) Cheney, Colin Powell (Affaires étrangères), John Ashcroft (Justice), et Condoleezza Rice (Conseillère pour la sécurité nationale) pour une réunion s'apparentant à un conseil de guerre.

La cible était claire: Oussama ben Laden, milliardaire d'origine saoudienne réfugié en Afghanistan, est désormais considéré, selon M. Bush, comme "le suspect numéro un" dans l'enquête visant à identifier le ou les commanditaires des attentats.

"Il y a eu un acte de guerre contre l'Amérique par des terroristes et nous riposterons en conséquence", a déclaré M. Bush, qui a prévenu que "le conflit ne serait pas court".

Tandis que la milice des taliban au pouvoir à Kaboul publiait une déclaration menaçante, n'excluant pas "la possibilité d'une attaque massive par nos moudjahidine (combattants) si un quelconque pays voisin propose son territoire et ses bases aériennes aux forces des Etats-Unis", beaucoup d'Etats s'organisaient face à l'éventualité de frappes américaines contre l'Afghanistan.

Le Pakistan s'est attiré les remerciements des Etats-Unis pour avoir promis de soutenir la communauté internationale dans ses efforts pour lutter contre le terrorisme.

Le président Bush a pris son téléphone pour "chaleureusement remercier" le président pakistanais Pervez Musharraf, a-t-on annoncé à Islamabad.

Le ministre des Affaires étrangères Abdul Sattar avait affirmé que le Pakistan, l'un des rares pays à reconnaître le régime taliban au pouvoir à Kaboul, apporterait son "soutien total" à la communauté internationale. Il avait toutefois souligné qu'une éventuelle action militaire ne pourrait s'envisager que dans le cadre des Nations unies.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell s'est félicité de l'attitude du Pakistan, très attendue en raison de sa proximité -- géographique et diplomatique -- avec l'Afghanistan.

L'Iran de son côté a décidé de fermer ses frontières avec ce pays, pour éviter un éventuel afflux de réfugiés en cas d'attaques américaines contre le régime taliban.

Dans un message adressé à M. Bush, le président des Emirats arabes unis, Zayed ben Sultan Al-Nahyane, a quant à lui affirmé que son pays était prêt à participer à toute campagne contre le terrorisme.

Les Emirats sont avec l'Arabie saoudite et le Pakistan les seuls pays à avoir reconnu le gouvernement des taliban.

Le Soudan est pour "toute forme" de lutte contre le terrorisme, a également affirmé samedi un porte-parole officiel. Il a souligné le soutien du Soudan, qui avait accueilli entre 1990 et 1995 Oussama ben Laden, à "toute forme" choisie par la communauté internationale pour combattre le terrorisme.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika et le secrétaire d'Etat américain Colin Powell ont en outre eu vendredi un entretien téléphonique, a indiqué samedi une source autorisée à Alger, sur le "renforcement des liens de coopération et d'amitié".

La Russie a pour sa part donné implicitement samedi son "feu vert" à une éventuelle opération militaire.

"Nous savons que sur le territoire contrôlé par les taliban (en Afghanistan), il y a des camps d'entraînement de terroristes et d'extrémistes", a déclaré le chef de la diplomatie russe Igor Ivanov.

Tout en se disant solidaires, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Chine ont en revanche souligné leur volonté de garder une certaine autonomie de décision.

Le Premier ministre espagnol José Maria Aznar et le président mexicain Vicente Fox ont aussi fait part de leur soutien au président américain, lors de deux conversations téléphoniques.

Aux Etats-Unis, l'enquête avance et vingt-cinq personnes ont été "arrêtées ou détenues" par les autorités d'immigration américaines, selon le département de la Justice. Par ailleurs, deux mandats d'arrêt ont été émis, l'un vendredi, l'autre samedi, contre deux personnes à New York pouvant être des témoins clefs.

La veille, un responsable du FBI avait confirmé l'arrestation d'une personne.

Selon Newsweek, deux pirates de l'air soupçonnés d'avoir fait s'écraser un avion contre le Pentagone étaient suivis par le FBI dans le cadre de l'enquête sur l'attentat meurtrier commis contre l'USS Cole dans le port d'Aden au Yémen en octobre 2000.

Sur le terrain, le week-end était mis à profit à New York pour préparer la réouverture de Wall Street. Le New York Stock Exchange (NYSE), la plus importante bourse du monde, reprendra ses transactions lundi à 13H30 GMT, a annoncé son président Richard Grasso.

Quant à l'Empire State Building, redevenu la plus haute tour de Manhattan, il a dû être fermé au public à la mi-journée, en raison d'alertes à la bombe. Il ne devrait pas rouvrir avant lundi.