La Serbie, inflexible, a rejeté dimanche la proclamation de l'indépendance du Kosovo et demandé son "annulation" en condamnant vivement des Occidentaux responsables selon Belgrade de l'amputation d'une partie de son territoire. "La Serbie ne reconnaîtra jamais l'indépendance du Kosovo", a déclaré le président Boris Tadic pratiquement au moment même où le Parlement kosovar votait par acclamation l'indépendance de la province du sud de la Serbie. "La Serbie a réagi et réagira par tous les moyens pacifiques, diplomatiques et légaux pour annuler cet acte commis par les institutions du Kosovo", a-t-il ajouté. Des membres du gouvernement et du Parlement serbe se sont rendus dans la journée au Kosovo pour soutenir et assister la population serbe.

De son côté, le Premier ministre Vojislav Kostunica s'est lancé dans une diatribe d'une rare violence contre le président américain George W. Bush et certains pays européens, principaux instigateurs, selon lui, de l'indépendance du Kosovo. "Le Président des Etats-Unis, qui est responsable de cette violence, de même que ses partisans européens, figurera dans l'Histoire de la Serbie en lettres noires", a-t-il martelé lors d'une intervention retransmise par les radios et télévisions serbes.

Un "Etat-Otan"

M. Kostunica, de tendance nationaliste et l'un des plus farouches opposants à l'indépendance du Kosovo, a souvent accusé les Etats-Unis de vouloir créer au Kosovo un "Etat-Otan", en référence à la force de l'Alliance, la KFOR. "Aujourd'hui 17 février, l'Etat fantoche du Kosovo a été illégalement proclamé sur le territoire (de la Serbie) sous le contrôle de l'Otan. Ce fut un acte de violence", a-t-il dit.

Faut-il y voir une conséquence du discours de M. Kostunica ? Plusieurs centaines de jeunes serbes ont manifesté à Belgrade, parfois violemment, pour protester contre l'indépendance du Kosovo. Les manifestants, dont de nombreux "hooligans", ont lancé des pierres et des torches contre l'ambassade, sans l'atteindre en raison d'un imposant dispositif de sécurité composé de policiers antiémeutes protégés par des boucliers transparents. Au cours de heurts avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de grenades lacrymogènes et de leurs matraques, un policier a été légèrement blessé, tandis qu'une vitre de l'ambassade a volé en éclats. Auparavant, les manifestants s'étaient rendus devant l'ambassade de Slovénie contre laquelle ils ont également lancé des pierres et des torches, brisant la porte d'entrée et de nombreuses vitres.