La Suède a décidé d'accorder l'asile à tous les demandeurs syriens, a annoncé mardi l'Agence des migrations, une décision qu'elle est le premier pays de l'UE à prendre. "Tous les demandeurs d'asile syriens qui font une demande en Suède se la verront accorder", a indiqué une porte-parole de l'institution, Annie Hörnblad, soulignant que la Suède était le premier pays de l'UE à réévaluer la situation.

"L'Agence des migrations a pris cette décision maintenant car elle juge que les violences en Syrie ne vont pas prendre fin dans un futur proche", a-t-elle ajouté.Cette décision est valable jusqu'à nouvel ordre, a précisé Mme Hörnblad.

L'institution pouvait jusqu'à présent accorder un asile temporaire de trois ans, après évaluation des situations individuelles des demandeurs.

Depuis 2012, la Suède a accueilli quelque 14.700 demandeurs d'asile syriens. Près de la moitié d'entre eux se sont vus attribuer ce permis provisoire.

L'Agence estime qu'"une grande majorité des personnes originaires de Syrie qui ont aujourd'hui un permis provisoire vont demander un permis permanent", a dit la porte-parole. es détenteurs d'un permis permanent sont les seuls à pouvoir prétendre au regroupement familial.

Le ministre des Migrations, Tobias Billström, s'est félicité de la décision de l'Agence et a appelé à une prise de conscience globale.

"Aucun autre conflit sur cette terre n'est aujourd'hui aussi terrible, sanglant et long que le conflit syrien. Ça devrait faire réfléchir beaucoup de personnalités politiques au sein et à l'extérieur de l'UE sur la responsabilité que nous avons envers nos semblables", a-t-il affirmé au tabloïd Aftonbladet.

Plus de 2 millions de réfugiés 

Le nombre de réfugiés syriens dépasse désormais les 2 millions, déplorait mardi le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) qui a mis en place des plans de situations d'urgence pour parer à toute éventualité.

"Il n'y a pas de mots pour parler (...) de cette tragédie", a déclaré le patron du HCR, Antonio Guterres, lors d'une conférence de presse à Genève.

Il y a un an jour pour jour le nombre de ces réfugiés dans les pays voisins de la Syrie était de 230.671. Au total, 1,8 million de nouveaux réfugiés sont arrivés au cours de ces 12 mois, selon le HCR qui table sur 3 millions de réfugiés fin 2013.

Par ailleurs, 4,25 millions de Syriens sont déplacés dans leur propre pays, selon l'ONU. Considérés dans leur ensemble, ces chiffres, plus de six millions de personnes déracinées, n'ont d'équivalent dans aucun autre pays.

A la fin août, la population réfugiée, dont environ la moitié ont 17 ans ou moins, s'élevait à 110.000 en Egypte, 168.000 en Irak, 515.000 en Jordanie, 716.000 au Liban et 460.000 en Turquie.

"Ce qui est frappant c'est que le premier million (de réfugiés, ndlr) a fui en 2 ans, et le second million en 6 mois", a déclaré M. Guterres.

"La Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle. (...) La seule consolation est l'humanité et la fraternité dont font preuve les pays voisins en accueillant tant de réfugiés et en leur sauvant la vie", a-t-il déploré.

Vers un point de non-retour ?

Pour sa part l'émissaire du HCR Angelina Jolie a estimé que "si la situation continue à se détériorer à ce rythme (...) certains des pays voisins pourraient arriver à un point de non-retour".

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a dit mardi craindre également que "la région entière" n'atteigne "bientôt un point de rupture", tandis qu'Amnesty International a parlé d'une "crise humanitaire désespérée" engendrée par le flux croissant de réfugiés vers les pays voisins.

Le flot de réfugiés s'est pour l'instant légèrement tari depuis le pic de févier/mars qui avait vu près de 8.000 nouvelles arrivées par jour contre une moyenne de 5.000 à 6.000 depuis janvier.

Le HCR se prépare toutefois à toute éventualité alors que les Etats-Unis et leurs alliés discutent toujours d'une possible action militaire contre le régime syrien, accusé d'une attaque meurtrière aux armes chimiques.

"Les risques d'une explosion au Moyen-Orient grandissent chaque jour", a estimé M. Guterres. "C'est devenu une menace pour la paix globale et la sécurité", a-t-il ajouté, expliquant que le HCR avait "mis en place des plans de situations d'urgence quelqu'en soit la cause".

Le HCR est d'autant plus inquiet qu'en Jordanie et au Liban, deux petits pays déjà en proie à des difficultés internes notamment économiques, la proportion de Syriens ne cesse de s'accroître. Ainsi, au Liban, les Syriens représentent désormais près de 20% de la population.

Actuellement, le HCR n'a reçu que près de 50% des fonds (fonds demandés: 1,17 milliard de dollars, soit 888 millions d'euros) qu'il a demandés pour aider les réfugiés syriens. Les Etats-Unis restent le principal bailleur de fonds (228,46 millions de dollars donnés pour la Syrie), suivi de la Commission européenne, du Koweït et des traditionnels donateurs soit les pays européens, le Japon, le Canada, l'Australie et, désormais, l'Arabie Saoudite.

L'aide humanitaire nécessaire

La Russie a pour sa part donné 10 millions de dollars depuis le début de la crise syrienne pour que le HCR vienne en aide aux Syriens, et la Chine 1 million.

Lors d'une prochaine visite à Pékin fin 2013, M. Guterres a d'ailleurs prévu de demander à la Chine d'accroître son aide financière pour la Syrie.

Mardi, M. Guterres a par ailleurs invité les pays européens à harmoniser leur façon d'accueillir les réfugiés syriens, incitant l'UE à se tourner vers le modèle suédois.

Entre janvier et mai 2013, 11.386 Syriens ont déposé une demande d'asile dans l'UE des 27, dont la très grande majorité en Suède (3.255) et en Allemagne (3.742), selon le HCR. En 2012, près de 22.000 demandes avaient déjà été déposées dans l'UE. Aux Etats-Unis, 638 demandes ont été déposées entre janvier et mai de cette année, tandis que l'an dernier 647 demandes avaient été déposées sur toute l'année.

Mais alors que la pression de l'exode des réfugiés s'exerce principalement sur les pays voisins, de hauts représentants irakiens, jordaniens, libanais et turcs et du HCR se rencontreront lors d'une réunion ministérielle à Genève mercredi 4 septembre, dans le but d'accélérer le soutien de la communauté internationale.