Études sur le genre, oui ou non? Bien ou mal? Faut-il distinguer sexe et genre? A l'école?

Les pro-gender (en anglaispuisque ces études du genre sont à l'origine anglo-saxonnes) arguent de la nécessité de les différencier: le sexe relève des différences génétiques entre mâle et femelle, alors que le genre, c'est tout ce qui est socialement construit, et n'aurait aucun lien avec le sexe biologique ("les garçons jouent à la guerre", "les filles aiment jouer à la poupée", par exemple). Nécessaire de les différencier, afin de permettre à chacun et chacune de trouver sa place et son identité propre dans la société, libre de choix.

À l'inverse, les anti-genre affirment que le genre n'existe pas, et accusent ces études de vouloir nier les différences biologiques "naturelles" entre homme et femme. Ce qui perturberait la construction de l'identité de chacun.


L'ABCD de l'égalité... et de la rivalité

Aujourd'hui en France, cette question fait la une des journaux. En cause? L'"ABCD de l’égalité", instauré par le ministère de l'Education nationale. Vivement critiqué par les élus UMP, il vise à "lutter contre les stéréotypes filles-garçons", et s'inscrit, comme l'explique Le Monde , "dans la lutte contre les inégalités -de réussite scolaire et d'orientation notamment- entre les filles et les garçons."

Bon nombre d'élus UMP s'opposent à ce projet (au même titre que certains chrétiens, membres de la Manif pour tous et personnalités de l'extrême droite), et dénoncent une offensive sur la question du genre à l'école dont le but serait de prôner " l'indifférenciation sexuelle" .

Conséquence notable de ce clash politique: pris de panique, des centaines d'écoles ont subi un taux d'absentéisme inhabituel les 24 et 27 janvier, suite à un appel au boycott lancé par lancé par Farida Belghoul, ancien de la seconde "Marche des beurs" (1984) et aujourd'hui proche de la tumultueuse formation Égalité et réconciliation .

Dans le SMS envoyé aux parents pour appeler au boycott, il était notamment établi que ce nouveau programme éducatif du gouvernement impliquerait des cours "d'éducation sexuelle et de masturbation en maternelle". Des rumeurs rapidement démenties par le ministre de l'éducation, Vincent Peillon (aujourd'hui nouvelle cible de la droite réactionnaire ).


Le genre, ça se dispute

Ce week-end, le débat sur le genre n'a cette fois pas eu uniquement lieu à l'Assemblée nationale, dans la rue ou par SMS, mais à la télévision. En effet, le houleux sujet a fait sortir de leurs gonds le chroniqueur Eric Zemmour et le journaliste Nicolas Domenach. Lors de leur traditionnel "Ça se dispute", les deux chroniqueurs ont visiblement eu bien du mal à trouver un terrain d'entente.

Nicolas Domenach (directeur adjoint du magazine Marianne) entame le duel: "Quelle tristesse, quelle déchéance de la pensée de voir qu'on est désormais interdit de réfléchir et d'expérimenter sur des questions aussi essentielles que :"qu'est ce qui fait la différence entre une fille et un garçon?" "Qu'est-ce qui relève de la biologie, qu'est ce qui relève du sociétal?" Et tout cela à cause d'une offensive menée par les milieux les plus obscurantistes, relayée par Zemmour, relayée par Soral, ... C'est désespérant de voir des intelligences comme ça réduites au néant."

Et de dénoncer un " fantasme " de la part de ces personnes (fantasme construit, toujours d'après Domenach, avec "des amalgames, des désinformations" ): "L'homme, remis en cause dans son pouvoir, va être châtrer par les femmes. (...) Je trouve ça hallucinant de bêtise qu'on ne veuille pas expérimenter ce qu'est l'égalité entre homme et femme."


Les mensonges de Belkacem et Vincent Peillon

Eric Zemmour a attendu patiemment la fin du laïus de son confrère, avant de démarrer. D'emblée de jeu, il fustige les "mensonges de Belkacem, de Peillon". Eric Zemmour est visiblement opposé aux actions et déclarations du gouvernement sur ce sujet, et dénonce encore des "enfumages de nos hiérarques socialistes (...) de la propagande, et une entreprise de dénaturation des enfants."


Un document qui dérange

Et de brandir un document pour le moins accablant à charge du gouvernement. Un document contenant de nombreuses questions sur l'orientation sexuelle, que l'éducation nationale française enverrait à des enfants de 11 ans.

Sauf que le document est en fait une copie d'une page imprimée du blog de l'essayiste polémiste Alain Soral, Égalité & Réconciliation. Ce que Zemmour ne mentionne pas. Ce sont d'ailleurs des fans de Soral qui, les premiers, relèvent le fait:

Un chroniqueur invité sur le site du Nouvel Obs a également relevé la source, qu'il condamne: " le site Égalité et Réconciliation a construit une propagande qui n'a rien à voir avec la réalité."

Pour lui, la manipulation est simple: Egalité et Réconciliation assure que ce document est proposé "aux enfants (à partir de onze ans donc, l’âge normal d’entrée au collège)." alors que la circulaire de Vincent Peillon ne fait pas mention d'un âge spécifique, mais bien de "jeunes".

Une distinction que ne fait pas non plus Eric Zemmour, précisant lui aussi que le document s'adresse à des enfants de 11 ans.

Le blogueur du Nouvel Obs va plus loin et dénonce -comme le fait d'ailleurs Nicolas Domenach- une manipulation mensongère des actions menées par le gouvernement, dans le seul but d'en arriver à la conclusion qui arrangerait Zemmour, soit: "Les enfants de 11 ans sont incités à se demander s'ils ne sont pas transsexuels et homosexuels alors que si on ne le leur demandait pas, ils n'y songeraient pas, ce qui prouve que la "théorie du genre" voulue par Peillon est déjà transmise à l'école et vise bel et bien à transformer les enfants en homosexuels." 

En télé, dans la rue ou à l'Assemblée nationale, les débats sur la sexualité en France, c'est plus que jamais maintenant.