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Le journal satirique Charlie Hebdo, décimé par un attentat islamiste pour avoir publié des dessins de Mahomet, persiste et signe en Une de son prochain numéro de mercredi en lui faisant proclamer: "Je suis Charlie".

La nouvelle Une de Charlie Hebdo est dévoilée alors que le gouvernement s'est attelé à renforcer la sécurité et préserver le fragile trésor de l'unité au lendemain de la marche historique contre le terrorisme qui a réuni près de 4 millions de personnes dans tout le pays. Charlie Hebdo représente en couverture un prophète qui pleure, habillé de blanc, et tenant entre ses mains le slogan mondial des manifestants contre l'attentat.

Au-dessus du dessin, le journal titre "Tout est pardonné", un dessin signé Luz obtenu par l'AFP lundi soir. Ce numéro dit "des survivants" -- Luz est l'un des rescapés de la fusillade de mercredi -- sera tiré à trois millions d'exemplaires, contre 60.000 habituellement, et vendu dans 25 pays.

16 pages d'humour et d'hommages

Le numéro de Charlie Hebdo mercredi, avec Mahomet en Une, comprend seize pages d'humour et d'hommages aux morts de l'équipe, dont de nombreux dessins qui se moquent des jihadistes et des terroristes.

Hormis la Une dessinée par Luz, un dessin de Mahomet qui tient une pancarte "Je suis Charlie" sous la légende "tout est pardonné", le journal ne comprend pas d'autres dessins de Mahomet, a constaté l'AFP qui a pu consulter un numéro.

En dernière page, un dessin de Luz qui montre des terroristes islamistes arrivant au paradis et demandent, déçus, "elles sont où les 70 vierges ?" et se voient répondre "avec l'équipe de Charlie, tocard".

En double page, un grand dessin de Cabu, mort dans l'attentat, se moque des jihadistes en comparant leur départ pour la Syrie aux échanges Erasmus.

Le journal satirique publie aussi une série d'anciens dessins de Wolinski, Charb, Tignous et Honoré, et des textes de Bernard Maris et Elsa Cayat, tous tués dans l'attentat de mercredi.

Dans les pages intérieures, parmi les dizaines de dessins, deux vignettes de Riss, qui a été blessé dans l'attentat, montrent un dessinateur de Charlie et un terroriste avec une mitraillette qui tue plusieurs personnes, sous cette légende: "dessinateur à Charlie Hebdo, c'est 25 ans de boulot, terroriste, c'est 25 secondes de boulot - Terroriste, un métier de feignant et de branleur".

Egalement des éditos et des articles, dont l'un intitulé "les charognards du complot", de Jean-Yves Camus, une tribune d'Antonio Fischetti titrée "même pas morts" et une chronique de l'urgentiste Patrick Pelloux, intitulée "je, tu, il, nous, vous, ils, suis Charlie", sans oublier une ancienne chronique de l'économiste Bernard Maris, "quand Charlie avait 20 ans" et des références au correcteur, Moustapha Ourrad, lui aussi tué mercredi.

La dessinatrice de Charlie Hebdo Corinne Rey, dite "Coco", publie un dessin légendé "j'écris ton nom, liberté", qui rend hommage aux manifestants de dimanche.

Sur une double page, un dessin de la manifestation, avec la mention, goguenarde, "11 janvier, plus de monde pour Charlie que pour la messe".

Luz encore croque "les plus et les moins" des manifestations de dimanche : dans les "plus", le soutien de Madonna, dans les "moins", "serrer la main de Manuel Valls" et aussi, plus grivois, "drapeau en berne, libido en berne".

Un dessin de Catherine Meurisse montre "une séance avec la psy de Charlie" où un homme cagoulé sur un divan confie "j'ai rêvé que je tuais Charlie Hebdo", et une ancienne chronique de la psychologue tuée dans l'attentat, Elsa Cayat, défend "la capacité de s'aimer".