"Toute cathédrale est la boîte noire du parcours historique de la ville où elle se trouve", déclare joliment Julio Llamazares, 64 ans, prestigieux écrivain qui vient de publier un double volume sur les 88 cathédrales d’Espagne. Il les a toutes parcourues pendant dix-sept ans.

En 1966, alors qu’il était enfant, Llamazares a vécu l’incendie de la cathédrale de Leon (125 000 habitants, la capitale de sa province, située dans le nord du pays), un édifice qui s’est inspiré de la cathédrale de Reims.

Des similitudes avec Paris

Cette tragédie garde des similitudes frappantes avec ce qui s’est passé à Paris. Beaucoup de vieux Léonais ont cru revivre leur histoire en regardant le feu démolir la charpente et une partie de la voûte de Notre-Dame de Paris. En 1966, c’est la foudre qui avait provoqué l’incendie de la cathédrale gothique de Leon, située sur le Camino frances, un des itinéraires menant à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Dans le journal local (Diario de León), Llamazares résume son souvenir d’enfant : "les gens pleuraient" en regardant les flammes consommer la toiture.

Les experts estiment qu’un ravalement effectué au XIXe siècle a sauvé l’essentiel de la cathédrale de Leon où, à la différence de celle de Paris, il n’y avait pas de flèche, mais une coupole au-dessus de la toiture. À l’époque, et par précaution, elle a été soigneusement enlevée. Et au moment le plus violent du feu, l’architecte Juan Torbado avait demandé d’éviter l’eau au maximum. Pour ne pas augmenter la pression sur les murs, les pompiers avaient utilisé surtout de la mousse. Ils avaient également laissé brûler certaines parties de l’édifice pour éviter d’inonder la toiture, qui serait ainsi devenue trop lourde.

À Leon, la charpente n’était pas totalement tombée à l’intérieur de la cathédrale, limitant l’amas de cendres et de braises.

Les gargouilles "se suicident"

Actuellement, les structures de la toiture ne sont plus en bois mais métalliques. Elles sont placées sous surveillance permanente. Les tubes de l’orgue sont protégés, 24 caméras de sécurité sont installées. "La cathédrale est toujours dans l’unité de soins intensifs", déclare César García Álvarez, historien de l’art. Les fonds publics pour parfaire la restauration manquent. En 1992, une campagne populaire "Sauvons la cathédrale" avait été lancée.

En ce moment, la rosace principale est en train d’être réparée. Coût calculé : un demi-million d’euros. La famille propriétaire de la bière Corona, originaire de Leon, a promis ce financement urgent pour sauver la rosace.

Mais de temps en temps, des gargouilles tombent. La reconstruction est trop chère et jamais parfaite. Et l’humour local le remarque en disant que certaines gargouilles "se suicident" à cause de la santé fragile de leur belle cathédrale.