Trois questions à François Foret, professeur de sciences politiques à l’ULB, membre de l’Institut d’études européennes.


Que restera-t-il des discours du Pape prononcés ce mardi à Strasbourg ? 

Peuvent-ils changer la donne européenne ? Non, il ne faut pas attendre d’effets spectaculaires. L’Église n’est plus une force capable de mobiliser des électeurs ou de structurer une offre politique. Cela n’augure aucun changement, mais renforce une continuité : en Europe, l’Église demeure et demeurera une présence symbolique. 

Que pouvaient espérer le Parlement et le Pape à travers une telle rencontre ? 

Le pape François est une figure populaire qui utilise très bien les codes de la communication, qui joue très bien le jeu médiatique, et qui devait d’ailleurs attendre de ce déplacement une retombée médiatique plus que politique. Pour le Parlement, comme pour le Pape et son Église, cette visite s’inscrit dans une recherche de visibilité et une quête de reconnaissance. L’Église comme le Parlement sont deux institutions qui sont en pleine crise de la représentativité. Elles s’entraident donc, s’appuient l’une sur l’autre pour gagner une certaine reconnaissance.

Le pape François semble pourtant réinscrire l’Église sur la scène diplomatique internationale… 

La voix diplomatique de l’Église est importante, car elle use de la voix intergouvernementale. Elle bénéficie notamment de rapports d’État à État, ce qui est pour elle un réel atout par rapport aux autres religions. Le Vatican est donc une caisse de résonance de la diplomatie mondiale, c’est un lieu où circulent les informations. Pour autant, pour un diplomate, le Saint-Siège est loin d’être un poste aussi intéressant que Washington ou Pékin. Le Vatican est un carrefour, mais pas un lieu de pouvoir, la parole de l’Église est influente, mais elle ne fait pas du Vatican un lieu de décision.