Le mouvement de Grillo a voté pour le rapprochement avec les libéraux européens.

Quels sont les points communs entre le fédéraliste européen Guy Verhofstadt, surnommé autrefois "baby Thatcher", actuel président de l’alliance des libéraux et démocrates (ALDE) au Parlement européen, et Beppe Grillo, ce comique à la tête d’un mouvement populiste au contenu politique plus que flou ? C’est la question qui agitait la base du Mouvement 5 Etoiles après la décision d’abandonner le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) et les anti-européens britanniques du Ukip pour aller s’asseoir aux côtés des libéraux-démocrates au Parlement européen.

Comme le veut la règle du M5S, la décision a été prise sur Internet, où peuvent voter les seuls inscrits au blog de Beppe Grillo. "40 654 inscrits ont voté, 78,5 % d’entre eux sont en faveur du passage dans le groupe ALDE soit 31 914 inscrits", pouvait-on lire sur le blog après la fermeture des urnes virtuelles.

Un tiers des inscrits seulement ont donc pris part au vote. Le résultat est sans surprise : les propositions du mentor et de ses stratèges passent toujours le test de la démocratie directe à la sauce cinq étoiles. "Au Parlement européen, le choix des groupes est une simple question technique", affirme Luigi Di Maio, vice-président de la Chambre des députés. Ce membre du Mouvement 5 Etoiles est harcelé par les journalistes à Rome. "Nous restons fermement opposés aux Etats-Unis d’Europe et nous demandons immédiatement un référendum sur l’euro." Malgré cette mise au point, les électeurs du M5S se sont montrés plutôt sceptiques. "Avec ce vote, nous disons adieu aux fondements du M5S, qui était un mouvement contre l’euro et contre l’Europe dictatoriale", écrit un certain Francesco sur le blog de Beppe Grillo. "A partir de maintenant, je me dissocie", conclut cet électeur.

Une question de stratégie ?

"Si l’Europe ne change pas, l’Europe mourra", écrivait Beppe Grillo en juin dernier, au lendemain du Brexit. C’est justement la sortie de scène du Royaume-Uni qui a changé les règles du jeu, les élus du M5S estimant avoir perdu leur droit de parole à cause de cette mésalliance avec Nigel Farage.

Rejoindre l’ALDE leur aurait donné plus de poids politique, ce qui aurait permis au mouvement de montrer aux Italiens qu’il est prêt à prendre des responsabilités pour guider le pays en cas d’éventuelles élections en 2017. Beaucoup pensent en effet que cette volte-face européenne fait partie d’une stratégie médiatique plus large, consistant à brouiller les pistes pour tenter de cacher l’échec cuisant de la gestion "cinq étoiles" dans la capitale italienne.

Proche des opinions de Marine Le Pen sur la question des migrants, tendance maoïste lorsqu’il propose d’instaurer un jury populaire pour juger les journalistes, Beppe Grillo veut divorcer des eurosceptiques pour se débarrasser d’une étiquette populiste bien encombrante aux yeux des chancelleries européennes. Un petit jeu qui, cette fois, n’a pas porté ses fruits, l’ALDE repoussant la proposition d’alliance. Qu’importe, Grillo a tenté de rebondir. "L’establishment est contre le Mouvement 5 Etoiles", a rapidement titré son blog après le refus de Guy Verhofstadt, "mais nous avons fait trembler le système comme jamais", se vantait l’organe propagandiste de cette créature politique. Mais en Italie, personne n’est dupe: le M5S a montré au grand jour ses incohérences et son opportunisme.