La zone euro sera stabilisée. A tout prix

La zone euro sera stabilisée. A tout prix
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International

Sabine Verhest et Olivier le Bussy

Publié le - Mis à jour le

Dix mois après le déclenchement de la crise grecque et trois semaines après l’élaboration d’un plan d’aide à l’Irlande, les dirigeants européens ont convenu que le moment était venu de sortir la grosse artillerie pour mettre l’Union économique et monétaire à l’abri des conséquences d’une "crise systémique", dixit le président de la Commission José Manuel Barroso. "Notre détermination est évidente", a martelé jeudi peu avant minuit le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, "la volonté politique existe et ceci ne peut pas être mis en cause". "Il faut montrer aux Cassandre qu’ils ont tort", a enchéri M. Barroso, "l’euro est une devise forte" et la "détermination de tous les Etats membres sans faille".

Réunis ces jeudi et vendredi à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union ont défini les contours d’un mécanisme permanent de stabilité de la zone euro. Afin de donner à ce fonds une assise juridique inattaquable, ils ont également avalisé le principe d’une révision du traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy l’a annoncé en début de soirée sur Twitter.

1Qui alimentera le fonds ? Le fonds permanent prendra le relais de l’actuel mécanisme d’urgence, qui viendra à échéance en 2013. Il s’appuiera sur des garanties de prêts fournies par les Etats membres de l’eurozone, mais le montant dont il sera doté n’a pas encore été décidé. Tout juste le Premier ministre belge Yves Leterme a-t-il lâché, à la RTBF-Radio, qu’il disposerait "d’autant d’argent que nécessaire". Le ministre belge des Finances Didier Reynders estimait mercredi dans nos colonnes que le bras financier du futur fonds devrait être deux fois plus costaud que celui de l’actuel mécanisme (750 millions d’euros garantis par l’UE, les Etats membres et le FMI).

2 Un e aide, oui, mais pas sans conditions. Le nouveau mécanisme sera activé s’il s’avère que les difficultés financières d’un pays menacent la stabilité de la zone euro. C’est-à-dire, concrètement, si l’un de ses (bientôt) dix-sept Etats membres rencontre des problèmes pour se financer sur les marchés ou si sa situation budgétaire l’empêche de faire face à ses obligations. L’activation du fonds sera toutefois soumise à de strictes conditions. A charge de l’Etat secouru de prendre des mesures d’ajustement budgétaire et de réduction de sa dette. Berlin insistait pour qu’il soit stipulé, d’une manière ou d’une autre, qu’il ne sera fait appel au fonds "qu’en dernier recours". Une formule imprudente, jugeait un diplomate européen : "Quand on agit en dernier ressort, il est déjà trop tard". L’Allemagne, toujours, entendait aussi que la décision d’activer le fonds soit prise à l’unanimité des Etats membres de la zone euro. Potentiellement périlleux, si l’on garde en mémoire les réticences des Slovaques à assumer leur promesse (lire ci-contre).

3 Le secteur privé à la rescousse. Le fonds permanent pourra mettre les créditeurs privés de l’Etat à contribution, ainsi que l’a ardemment réclamé la chancelière Angela Merkel, en dépit des réticences du président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. S’il appert que le pays secouru est insolvable, ses autorités devront négocier au cas par cas un plan de restructuration de sa dette avec le secteur privé.

4 Encore une réforme ! On pensait en avoir fini avec les révisions des traités européens pour au moins une décennie, eh bien non : en voilà une nouvelle - mais une toute petite - qui s’est profilée à l’horizon, à la demande plus que pressante de l’Allemagne (mais mise officiellement sur la table par la Belgique, lire LLB du 16/12). Angela Merkel avait en effet fait savoir que, sans cela, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe s’opposerait à la mise en place d’un mécanisme permanent de solidarité financière. Il s’agit donc d’ajouter au traité de Lisbonne deux phrases, permettant aux Etats partageant la monnaie unique d’établir "un mécanisme de stabilité à activer si cela s’avère indispensable pour sauvegarder la stabilité de l’euro dans son ensemble", et précisant que "l’octroi de toute assistance financière [ ] sera soumis à stricte conditionnalité" - entendez qu’elle devra être accompagnée de mesures d’austérité. Chaque mot a été pesé, par les membres autant que les non-membres de la zone euro, afin d’éviter les abus. La Commission, la Banque centrale et le Parlement européens ont trois mois pour donner leur avis consultatif sur cette révision simplifiée du traité. Car la procédure est bien "simplifiée", histoire de s’épargner autant que possible de douloureuses ratifications et assurer la mise en œuvre du mécanisme permanent en 2013. Le Premier ministre irlandais Cowen, lui-même, a jugé "très improbable" le recours à un référendum potentiellement dangereux dans son pays. On respire. Car qui a oublié les "non" irlandais aux traités de Nice et de Lisbonne ?

5Quid des euro-obligations ? Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a plaidé en début de semaine pour la création d’euro-obligations qui permettraient de "mutualiser" les dettes souveraines. Pas question, a rétorqué l’Allemagne (soutenue par la France) qui, en tant que première économie de l’Union, ne veut pas remettre en cause sa crédibilité sur les marchés obligataires. M. Barroso juge, lui, que le débat n’est pas mûr. Mais la proposition de M. Juncker a trouvé un écho favorable dans d’autres Etats membres. Dont le Portugal, l’Italie et la Belgique, qui refuse d’exclure l’idée d’emblée, comme nous l’a dit Didier Reynders. Aucune décision n’était attendue à ce propos lors du sommet, mais il semblerait que le veto franco-allemand n’ait pas clos la discussion.

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