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Lapider la peine de mort

V.B.

Publié le - Mis à jour le

Quand des avocats défendant les droits de l’homme sont arrêtés, quand des procureurs du ministère public requièrent des peines de prison à l’encontre des militants de cette cause, cela montre quelles menaces pèsent sur tous ceux qui luttent pour les droits civiques." Pour l’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003, en visite jeudi à Bruxelles pour sensibiliser les autorités belges et européennes, la situation des droits de l’homme dans son pays s’est notablement dégradée ces derniers temps. Et surtout depuis la réélection contestée, il y a quinze mois, de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la république islamique.

L’arrestation, samedi dernier, de Nasrin Sotoudeh, une avocate qui, comme elle, milite en faveur des droits de l’homme, illustre encore ce climat de répression, dont sont également victimes les représentants politiques - dont Mehdi Karoubi, chef de file de l’opposition réformatrice, dont la maison a été il y a une semaine. Mme Sotoudeh, détenue à la prison d’Evine à Téhéran, est accusée de "propagande contre le régime et tentative de porter atteinte à la sécurité" nationale.

"Tant que ces obstacles à la liberté d’expression existeront, je ne retournerai pas dans mon pays", a promis Mme Ebadi, qui préside le Centre de défense des droits de l’homme en Iran, pays qu’elle a quitté la veille de l’élection présidentielle, en juin 2009, pour assister à un séminaire à l’étranger. "Et bien entendu, ces obstacles sont façonnés par ce gouvernement", a-t-elle indiqué lors d’une rencontre avec la presse, organisée sous l’égide de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH).

Shirin Ebadi appelle les gouvernements occidentaux à faire pression sur son pays, non seulement sur la question nucléaire mais également pour que celui-ci mette en œuvre des réformes judiciaires, notamment au niveau du code pénal. "Nous voulons que le gouvernement iranien respecte ses engagements internationaux et réforme sa législation pénale, notamment en abolissant la torture et la lapidation", revendique Shirin Ebadi, qui dit "véhiculer la voix du peuple iranien à l’étranger".

Le cas récent de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette femme condamnée pour adultère à la lapidation publique, une sentence qui vient d’être suspendue après une considérable levée de boucliers internationale, exemplifie la brutalité de la justice iranienne. Mme Ebadi doute que la sentence soit abandonnée. "Je n’ai aucune confiance en ce que le gouvernement", dit-elle. Mais elle est résolue à dépasser ce cas. "Mis à part Sakineh, il y a plusieurs autres personnes qui attendent la mort par lapidation. Et nous devons toutes les sauver." Pour Karim Lahidji, le président de la Ligue pour la défense des droits de l’homme en Iran, la mobilisation médiatique peut jouer un rôle important : "Le régime s’est révélé très sensible à la campagne internationale menée depuis quelques semaines. Notre précédente campagne avait malheureusement été lancée deux jours avant le début du Mondial de football et elle n’avait pas repris par la suite. Mais le présent cas démontre bien que, quand les médias du monde entier se donnent la main, le régime se montre très, très fragile."

Aujourd’hui, il y aurait toujours plus de 800 prisonniers politiques dans les geôles du régime.

Outre le terrain des droits civiques, Shirin Ebadi occupe aussi celui des droits de l’enfance. Elle milite pour que Téhéran respecte ses engagements internationaux en la matière. Notamment, l’établissement d’un âge de la majorité pénale sans distinction entre les sexes. "En Iran, il est fixé à 9 ans pour les filles et à 15 ans pour les garçons. Cela signifie que si une fillette de 10 ans ou un garçon de 16 ans commettent un crime, ils sont condamnés aussi durement qu’un homme de quarante ans. C’est pour cela que l’Iran a le nombre le plus élevé d’exécutions de jeunes au monde", a souligné Mme Ebadi.

Selon la FIDH, au moins 42 exécutions de jeunes délinquants ont été enregistrées depuis 1999. Selon cette même source, l’Iran est aussi le pays qui applique le plus la peine de mort par habitant, le deuxième en nombre absolu d’exécutions après la Chine.

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