Reportage Correspondante à Rome

Angela est venue de Calabre, un bien long chemin jusqu’à la place du Peuple à Rome, pour venir crier son dégoût.

La cinquantaine bien sonnée, elle explique qu’elle a décidé de participer à la manifestation en tant que femme parce qu’elle est indignée, en tant qu’ épouse, parce que la crise a laissé de nombreux hommes sans travail pendant que le Président du Conseil, Silvio Berlusconi, s’amuse (sic) et en tant que mère car elle ne veut pas que ses enfants grandissent dans ce genre de société. "Ce n’est pas sa vie sexuelle, le problème, cela relève de sa vie privée, non, non, le problème, c’est que Berlusconi a introduit la sexualité dans la politique, et c’est cela qui nous indigne", s’emporte Angela.

Comme elle, des centaines de milliers d’Italiennes sont descendues dans les rues, dans 230 villes, aux quatre coins de la péninsule. "C’est une honte, moi je suis gênée ! Avant cela je n’avais jamais eu honte de déclarer que j’étais Italienne, j’étais fière de notre culture, de notre histoire mais aujourd’hui je suis vraiment honteuse de ma nationalité !"

Une petite fille dans sa poussette tient un panneau : "Basta, le bunga bunga" - du nom de ce jeu érotique que le leader lybien Mouammar Kadhafi aurait fait découvrir au Cavaliere, qui s’adonnerait depuis, avec ses invités, lors des soirées particulières, organisées à sa résidence d’Arcore.

Sa maman crie son indignation, tenant, elle aussi, une pancarte où elle a épinglé la photo de Ruby, la jeune prostituée marocaine à la base du scandale qui mouille le Président du Conseil. "Si ce n’est pas maintenant que nous nous indignons, ce ne sera jamais le moment. Silvio Berlusconi doit démissionner, et avec lui toutes ses petites protégées. Et cela pour le futur de nos filles, nous ne voulons pas d’un pays où le décolleté est plus important que le cerveau ou les diplômes", dit-elle.

Cette manifestation est un mouvement blanc, blanc comme l’écharpe que la plupart de ces Italiennes portent au cou.

Pas de drapeau, ni de sigle rappelant la présence d’un parti politique, pourtant, dans la foule, des élues de gauche ont également pris place, comme Silvia Costa, députée européenne : "A la télévision italienne - et je vous parle de la télévision publique -, les femmes après 50 ans n’ont pas le choix. Si elles ne se font pas faire un lifting ou autres opérations de chirurgie esthétique, elles n’ont plus le droit de travailler. Une télévision où les femmes sont à moitié nues, et surtout muettes Où elles doivent toutes être jeunes est un vrai désastre culturel. Et c’est Silvio Berlusconi qui en est le responsable".

Sur la scène, au centre de la place, des actrices, réalisatrices ou tout simplement des jeunes femmes anonymes se succèdent; elles partagent leur indignation avec cette foule en colère "Un pays où le corps de la femme est exhibé en permanence, un pays où les femmes ne peuvent pas travailler par manque de crèches pour leurs enfants, un pays où les femmes sont élues parce qu’elles ont passé la nuit avec le Premier ministre est un pays indigne !", hurle la réalisatrice Cristina Comencini à cette foule féminine en colère.

Commentant l’événement, le porte-parole du Popolo della liberta, le parti de Silvio Berlusconi, a qualifié les manifestantes de "quelques excitées radical-chic, la gauche caviar qui considère qu’elle a des leçons à donner "

Une étiquette qui semble bien loin de ces milliers de femmes venues manifester pour tout simplement expliquer au monde entier que toutes les Italiennes ne sont pas à la botte du Cavalière