E st-ce au Premier ministre belge de parler de l'unité de l'Europe? Ne commencerait-il pas par son pays?» Freek de Jonge, le «showman» néerlandais qui a fait campagne pour le oui à la constitution européenne dans son pays, a son idée sur la question. «Ma femme me demande toujours de faire plus pour mon ménage, mais non, je dois m'occuper du monde!» Et Guy Verhofstadt de l'Europe.

La morosité persistante, depuis le rejet franco-allemand du traité constitutionnel et l'échec du sommet de Bruxelles sur les perspectives financières, a redonné au Premier ministre belge l'envie d'écrire. Pas n'importe quoi: un «manifeste» pour «Les Etats-Unis d'Europe» (éd. Houtekiet), «une sorte de protestation contre le fait que plus personne ne semble fier de parler d'Europe», a-t-il expliqué jeudi à Bruxelles. «Le titre du livre témoigne déjà d'un certain courage», a réagi l'ancien commissaire européen, Karel van Miert. On ne peut pas dire, en effet, que Guy Verhofstadt aille dans le sens du vent. «J'imagine qu'avec Jean-Claude Juncker (NdlR: le Premier ministre luxembourgeois), tu dois te sentir bien seul au Conseil européen.» Embourbée dans sa querelle budgétaire et des replis nationaux de plus en plus prégnants, l'Union élargie peine à trouver un souffle.

Aussi est-il «nécessaire de sortir l'Europe de cette spirale négative des derniers mois», d'offrir «une alternative au cynisme», d'essayer «une approche plus enthousiaste, surtout auprès des jeunes qui ont voté non» au traité constitutionnel, selon Guy Verhofstadt. Car, aujourd'hui, «les hommes politiques essaient de minimiser l'intégration européenne», considérée parfois comme «un cauchemar», «une insulte» : «tout ce qui va de travers est de la faute à l'Europe». Or, regrette le Premier ministre, «l'Europe est une victime facile. On peut lui donner des coups de pied, elle ne réagit jamais». «C'est très dangereux, nous perdons la direction que l'histoire nous a démontrée.»

Et cette direction, c'est la fédération. «Tous les pays d'Europe sont des petits pays», rappelle-t-il dans la foulée de Paul-Henri Spaak. «Si l'Europe veut avoir un rôle à jouer, il faudra s'intégrer, il n'y a pas d'autre choix.» L'histoire américaine le montre, ce ne sera pas facile.

«Rompre le mur»

Concrètement, Guy Verhofstadt propose la création de deux cercles concentriques de pays:

«une organisation d'Etats européens qui prône la paix et la stabilité» et «un centre politique de pays qui partagent une politique socio-économique plus cohérente». «Ce serait une bonne idée de commencer ces Etats-Unis d'Europe avec les pays de l'eurozone», qui fonderaient un gouvernement socio-économique, investiraient dans les progrès technologiques, développeraient un espace de sécurité et de justice et une armée européenne.

«On a besoin d'idées pour faire redémarrer la machine européenne», s'exclame Verhofstadt. «Il est possible de rompre le mur de la gêne qui existe autour de l'Europe et d'inverser les choses en route vers les Etats-Unis d'Europe.» S'il ne peut assurément pas y arriver seul, le Belge, plus optimiste que jamais, veut croire qu' «il y a encore des gens qui croient en l'Europe».

© La Libre Belgique 2005