Il paraît "de plus en plus probable" que le bourreau à l'accent anglais apparu dans la vidéo de l'Etat islamique (EI) montrant la décapitation du journaliste américain James Foley soit un Britannique, a concédé mercredi le Premier ministre David Cameron. Les Etats-Unis sont aussi arrivés à la même conclusion.

"Nous n'avons pas encore identifié l'individu responsable de cet acte, mais pour autant qu'on puisse en juger, il paraît de plus en plus probable qu'il s'agisse d'un ressortissant britannique", a dit le chef du gouvernement britannique au sortir d'une des nombreuses réunions de crise qu'il a présidées dans la journée, après avoir interrompu ses vacances familiales en Cornouailles.

Le département d'Etat américain a confirmé : "d'après ce que nous avons vu, il semblait de plus en plus probable qu'il s'agisse d'un citoyen britannique".

M. Cameron a condamné "l'acte barbare et brutal", le qualifiant de "meurtre sans justification aucune". "C'est profondément choquant. Mais nous savons qu'un bien trop grand nombre de citoyens britanniques ont voyagé en Irak et en Syrie pour s'adonner à l'extrémisme et à la violence", a-t-il poursuivi.

"Notre devoir, c'est de redoubler d'efforts pour empêcher nos concitoyens de partir là-bas", a-t-il dit.

Il s'agit aussi en la circonstance de "garantir la sécurité de notre pays" contre la menace représentée par les jihadistes aguerris quand ils retournent au Royaume-Uni.

Il a rappelé la panoplie des mesures à la disposition de son gouvernement: retrait de passeport, arrestation, poursuites en justice, suppression de la propagande sur internet.

Pour autant, le Premier ministre a redit son engagement à aider diplomatiquement, militairement l'Irak et les peshmergas kurdes, dans leur lutte contre l'EI, en excluant "toute intervention au sol" de troupes britanniques.

Scotland Yard avait auparavant annoncé que son "unité antiterroriste étudiait de près la vidéo" de l'exécution de James Foley.

Afzal Ashraf, qui se présente comme un expert en idéologie terroriste auprès de l'institut de recherches londonien RUSI, a souligné que "les techniques les plus modernes" notamment en matière de reconnaissance faciale et vocale seraient utilisées.

Cependant, le bourreau vêtu de noir sur la vidéo du meurtre de James Foley s'exprimait en anglais, mais opérait à visage masqué, contrairement aux nombreux jeunes présumés Britanniques qui ont défilé ces dernières semaines sur des films de propagande de l'EI. Ce groupe islamiste espérait ainsi recruter de nouveaux combattants.

Dans le cas de Foley "ils ont dû recourir aux services d'un Anglais parce qu'ils voulaient adresser leur message en priorité aux Etats-Unis", a ajouté Afzal Ashraf.

Le quotidien The Guardian se fondant sur le témoignage d'un ex-otage a, pour sa part, avancé l'hypothèse que le bourreau pourrait être le chef d'une unité de "combattants britanniques" ayant détenu plusieurs otages occidentaux en Syrie. Il se ferait appeler John et serait originaire de Londres.

Le journal a, par ailleurs, interrogé deux experts en linguistique. Le premier, Paul Kerswill, de l'université de York, estime que le bourreau s'exprimerait "en anglais multiculturel" caractéristique de l'East-end londonien. "Il a probablement un background étranger", a-t-il ajouté.

Claire Hardaker, de l'université de Lancaster, estime qu'il provient du sud-ouest de l'Angleterre et "plus probablement de Londres, du Kent ou de l'Essex".

Le ministre des Affaires étrangères Philip Hammond avait été le premier dans la matinée à expliquer que "ce qui se passe en Syrie et en Irak représente une menace directe pour notre propre sécurité nationale", en référence "aux compétences et techniques acquises auprès des organisations terroristes" par des Britanniques.

Shiraz Maher, du Centre international d'études sur la radicalisation (ICSR) au King's College de Londres, a de son côté souligné le radicalisme absolu des combattants étrangers dans les rangs des groupes extrémistes.

"Nous avons vu des combattants britanniques là-bas perpétrer des attentats suicide, nous les avons vus agir en tant que bourreaux", a-t-il précisé sur la BBC.

Selon les chiffres gouvernementaux de 400 à 500 Britanniques se sont rendus en Irak et en Syrie depuis deux ans. La police a procédé cette année à un nombre record de 69 arrestations, selon le décompte de la BBC, contre 24 en 2013.


Les Etats-Unis ont tenté, en vain, de secourir des otages américains en Syrie

Les forces américaines ont effectué "cet été" une opération pour porter secours à des otages américains détenus par l'Etat islamique en Syrie, mais ont échoué, ont annoncé le Pentagone et la Maison Blanche mercredi, au lendemain de la diffusion d'une vidéo montrant l'exécution de James Foley.

"Plus tôt cet été, le président (Obama) a donné son feu vert à une opération destinée à secourir des citoyens américains enlevés et détenus contre leur gré par l'Etat islamique en Syrie", explique Lisa Monaco, la principale conseillère du président Barack Obama en matière d'antiterrorisme, dans un communiqué.

"Le gouvernement américain pensait avoir assez de renseignements et lorsque l'occasion s'est présentée, le président a autorisé le Pentagone à se lancer avec célérité dans une entreprise destinée à secourir nos compatriotes", poursuit-elle.

Mais cette opération a échoué "parce que les otages n'étaient pas présents" dans le lieu repéré par les services de renseignement américains, indique-t-elle.

Ni la Maison Blanche, ni le Pentagone ne précisent toutefois l'identité ou le nombre d'otages concernés par cette opération.

"Compte tenu de la nécessité de protéger les capacités opérationnelles de notre armée, nous ne révèlerons aucun détail", écrit Mme Monaco.

C'est la première fois que les Etats-Unis rendent publique une opération de ce type sur le sol syrien depuis le début du conflit en mars 2011.

Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, a expliqué dans la soirée que les Etats-Unis n'avaient "jamais eu l'intention de révéler cette opération".

"Nous avons décidé de la rendre publique aujourd'hui lorsqu'il est apparu clairement qu'un certain nombre de médias s'apprêtait à révéler cette opération et que nous n'aurions d'autre choix que de reconnaître son existence", a précisé Mme Hayden.

Cette annonce intervient au lendemain de la diffusion d'une vidéo dans laquelle le journaliste américain James Foley est exécuté par des membres de l'Etat islamique, un groupe sunnite ultra-radical qui s'est emparé de pans entiers de territoire en Syrie et en Irak. James Foley avait été kidnappé en Syrie fin 2012.

Dans le même enregistrement, l'EI menace d'exécuter un autre otage américain, Steven Sotloff, en représailles aux frappes aériennes américaines qui visent ses positions dans le nord de l'Irak.

Le nombre exact d'étrangers otages des jihadistes en Syrie et en Irak reste difficile à estimer, dans la mesure où certaines familles et gouvernements ont demandé aux médias de ne pas révéler leur disparition, alors que la situation sur le terrain demeure chaotique.

Mais outre Steven Sotloff, on peut citer un autre Américain, le journaliste Austin Tice. Cet ancien Marine en Afghanistan et en Irak était arrivé en mai 2012 en Syrie.

Il était entré par la Turquie, sans visa, une pratique courante chez les journalistes couvrant le conflit. Après avoir voyagé avec des rebelles, il avait rallié en août Damas, où l'on a perdu sa trace.