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L'Union européenne, déjà à la peine pour concrétiser ses ambitions en matière de défense, perdra quelque 20% de ses capacités militaires en cas de Brexit, qui aura également une influence négative sur le budget de l'Agence européenne de Défense (AED), a affirmé vendredi un responsable de l'état-major militaire de l'UE (EMUE), le capitaine de vaisseau belge Hans Huygens, lors d'un séminaire à Bruxelles. Ce chiffre ne tient pas compte de l'armement nucléaire, dont le Royaume-Uni est l'un des rares pays - une dizaine - détenteurs au monde, a précisé l'officier lors de cette rencontre à destination de responsables belges de différents horizons organisée par l'Institut royal supérieur de Défense (IRSD) sur le thème "Initiatives de l'UE en matière de défense".

Un rapport publié en novembre dernier par le Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP) estimait pour sa part que les capacités militaires britanniques représentent actuellement entre 25% et 30% des capacités militaires totales de l'UE.

Le commandant Huygens a toutefois souligné que le Royaume-Uni, pourtant sur le papier partisan d'une défense européenne, ne s'était jamais véritablement investi dans la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC).

"Les Britanniques n'ont pas mis tous leurs moyens à disposition" de l'UE, a-t-il souligné en prenant l'exemple de l'opération Atalanta de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes, lancée le 8 décembre 2008. Un seul navire de la Royal Navy y a participé, a-t-il fait observer.

Quant au QG d'Atalanta, installé au départ à Northwood, près de Londres, et composé à 50% de Britanniques, il a déménagé en mars vers Rota (sud de l'Espagne), premier effet concret du Brexit. Et c'est à Brest (France) qu'a été installé le centre de sécurité maritime de l'opération, le Maritime Security Center Horn of Africa (MSC HoA)", qui assure l'interface entre Atalanta et le monde maritime civil.

"Ils investissent davantage dans l'Otan et dans les +coalitions of the willing+ (coalition de pays volontaires, ndlr)", a ajouté le commandant Huygens, un ancien commandant de la frégate Louise-Marie de la Marine.

Il a aussi souligné que la sortie de Londres de l'UE entraînerait un trou de 16 à 17% dans le budget de l'Agence européenne de Défense, basée à Bruxelles et chargée de nouvelles tâches dans le cadre du développement de la défense européenne.

Les autres pays devront compenser cette réduction du budget. Pour la Belgique, la contribution au budget de l'AED devrait ainsi passer d'environ 3,4 à 3,8%.

La Première ministre britannique Theresa May, qui a démissionné vendredi de la présidence des Tories (parti conservateur), a été contrainte de repousser au 31 octobre 2019 le Brexit, prévu initialement le 29 mars, afin d'éviter une sortie sans accord, scénario redouté dans les milieux économiques.