Les Chiliens étaient appelés aux urnes dimanche pour un scrutin présidentiel sans grand suspense, l'ex-présidente socialiste Michelle Bachelet étant assurée de l'emporter en s'appuyant sur une popularité jamais démentie et un programme de réformes attendu par des millions de Chiliens.

La socialiste Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d'un pays sud-américain en 2006, pourrait selon les sondages l'emporter au premier tour en dépassant la barre des 50% des suffrages, ce qui ne s'est pas produit au Chili depuis 1993. Mais le nombre inédit de candidats (neuf) pourrait compromettre ce scénario.

"Nous aimerions, et cela a été l'objet de nos efforts dès le début, gagner dès le premier tour", a-elle déclaré dans une brève rencontre avec la presse après avoir voté dans une école de son quartier, dans l'est de Santiago.

Les quelque 40.000 bureaux de vote du pays, dont le plus grand d'entre eux, le stade national de Santiago, ont été placés sous la protection de l'armée jusqu'à leur fermeture, prévue à 18H00 (21H00 GMT). A la mi-journée, de longues files d'électeurs étaient visibles dans les divers bureaux de vote de Santiago.

"Je suis venu voter parce que je pense que nous, les jeunes, sommes ceux qui ont la possibilité de provoquer un changement si nous voulons que notre pays s'améliore", a notamment témoigné Esteban Cifuentes, 24 ans, dans un bureau de vote du centre-ville.

Le général Jose Manuel Cichero, chargé de coordonner la surveillance du vote, a annoncé à la presse que le processus électoral se déroulait "normalement" et sans aucun incident.

La participation des quelque 13,5 millions d'électeurs demeure la grande inconnue de ce scrutin après la modification de la loi abolissant le vote obligatoire en 2011. Lors des municipales d'octobre 2012, l'abstention avait atteint 60%.

Le directeur du Service électoral (Servel) Patricio Santamaria a annoncé à la presse que la fréquentation des bureaux de vote constatée en début d'après-midi montrait "un intérêt très important" pour ces élections, sans toutefois fournir d'indications chiffrées.

La principale adversaire de Mme Bachelet, Evelyn Matthei, candidate de la coalition de la droite soutenant le gouvernement sortant de Sebastian Piñera, s'est déclarée dans la matinée "tout à fait sûre" de provoquer un second tour, prévu le 15 décembre, après avoir déposé son bulletin dans le centre de Santiago.

Mais Mme Matthei, investie tardivement après une cascade de retraits de leaders conservateurs, n'était créditée avant l'élection que d'une moyenne de 14 à 21% des voix dans un pays qui semble aspirer au changement.

L'ex-ministre du travail n'a pas non plus semblé susciter un fort engouement parmi les soutiens traditionnels d'une droite affaiblie par les divisions internes et les défections.

De son côté, Michelle Bachelet baigne dans un climat de ferveur, forte d'une popularité restée inébranlable, notamment parmi les plus démunis, depuis la fin de son premier mandat en 2010. A l'époque, la constitution l'avait empêchée de postuler à un second mandat consécutif.

Appuyée par une large coalition, la "Nouvelle majorité", regroupant communistes (qui n'ont pas participé à un gouvernement depuis 40 ans), démocrates-chrétiens et divers courants socialistes, Michelle Bachelet est consciente des attentes d'un pays, différent de celui qu'elle avait quitté en 2010 pour exercer les fonctions de directrice exécutive de l'ONU Femmes.

L'ex-présidente a promis de mettre en marche dans les 100 jours après son élection un ambitieux programme de réformes.

Ce programme est basé notamment sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l'impôt des sociétés de l'ordre de quelque 8 milliards de dollars (3% du PIB) destinée notamment à une refondation du système éducatif pour instaurer une éducation publique de qualité, l'amélioration du réseau de la santé et des services publics.

Selon une étude récente de l'OCDE, l'économie chilienne, avec une croissance de 4,2 % en 2013, reste solide. Et si le revenu par habitant a dépassé le seuil des 20.000 dollars, soit le plus élevé d'Amérique latine, le pays reste en proie à de fortes inégalités.

Dans cette société chilienne très conservatrice, Mme Bachelet s'est également faite l'avocate des droits des femmes. Elle envisage de légaliser l'avortement, interdit au Chili même à des fins thérapeutiques, et d'ouvrir le débat sur l'union entre personnes du même sexe.

Mais la capacité de manoeuvre du nouveau gouvernement et l'ampleur des réformes promises dépendront du résultat des élections législatives et sénatoriales qui renouvellent la totalité de la Chambre des députés et plus de la moitié du Sénat (20 sénateurs sur 38).

Les résultats sont attendus dans la soirée de dimanche.