En impliquant la justice internationale, les Palestiniens ont fait entrer le conflit avec les Israéliens dans une nouvelle phase pleine de menaces et d'incertitudes, liées en grande partie aux sanctions que prendra Israël, selon les experts.

Après quasiment 70 ans de conflit et des décennies d'efforts diplomatiques, dirigeants -- israéliens et palestiniens -- et experts partagent le même constat: celui d'une dangereuse impasse et d'un retour apparemment impossible aux négociations.

Les Palestiniens, exaspérés, ont décidé de franchir un nouveau cap et demandé le 30 décembre au Conseil de sécurité de l'ONU de voter un retrait israélien des Territoires occupés sous trois ans.

Après avoir essuyé un rejet, le président Mahmoud Abbas a mis à exécution la menace qu'il brandissait de longue date. Il a demandé à rejoindre la Cour pénale internationale (CPI) avec le but avoué d'y poursuivre des dirigeants israéliens.

Devant ce qu'il présente comme une déclaration de guerre diplomatique, et comme à chaque fois qu'il veut répliquer à une démarche palestinienne, Israël a frappé l'Autorité palestinienne au portefeuille, gelant le transfert de plus de 100 millions d'euros de taxes collectées pour son compte. Il a promis une riposte encore "plus dure et plus globale".

"Israël pourrait multiplier les mesures punitives à l'encontre des Palestiniens à l'approche des législatives" du 17 mars, envisage Naji Charab, politologue gazaoui.

Ce cycle d'initiatives palestiniennes et de sanctions israéliennes n'est pas sans rappeler 2012, quand l'Etat de Palestine avait obtenu le statut d'observateur à l'ONU, notent les experts.

Et cette fois-ci encore, disent-ils, Israël et son grand allié américain font "face à un dilemme". Israël veut "pouvoir faire pression sur l'Autorité pour l'empêcher d'aller à la CPI. Mais en même temps, il ne veut pas l'affaiblir, car c'est dans son intérêt qu'elle soit assez forte pour contrôler la Cisjordanie" occupée, explique à l'AFP Robbie Sabel, juriste et ex-conseiller de la diplomatie israélienne.

Pour ses détracteurs, l'Autorité palestinienne est devenue le "supplétif" des Israéliens en Cisjordanie via leur coopération sécuritaire. M. Abbas menace régulièrement de la rompre, mais n'a jamais franchi le pas.

Cette coopération est aussi précieuse à l'Autorité contre le Hamas, organisation islamiste et grand rival du Fatah de M. Abbas. S'ils la rompaient, les Palestiniens n'auraient plus qu'une carte en main: la dissolution pure et simple de l'Autorité.

Pour Naji Charab, Ramallah joue du risque d'explosion qu'une telle dissolution pourrait causer dans toute la région. "L'Autorité mise sur le fait que la communauté internationale fera pression sur Israël pour éviter cela", dit-il.

Si l'Autorité palestinienne sort les dernières cartes de son jeu, c'est parce que "le +processus de paix+ né a Oslo (lors des accords d'autonomie en 1993, NDLR) est mort et enterré et que nous sommes maintenant au début d'une nouvelle phase", dit Karim Bitar, spécialiste du Moyen-Orient. "Le nouveau chapitre, celui du bras de fer politique, juridique et en termes de communication sur la scène internationale, est en période de rodage et ses contours ne sont pas encore clairement apparus", selon lui.

Dans ce contexte, "personne n'apparaît à son avantage", affirme M. Bitar. Tout d'abord, il y a eu "l'amateurisme des Palestiniens" à l'ONU. Puis "l'arrogance des Israéliens qui se sont montrés rigides et inflexibles". Enfin "l'hypocrisie de la communauté internationale" et du double langage des Etats-Unis se posant en défenseurs des droits de l'Homme et réprouvant le recours palestinien à la CPI.

L'attitude américaine est l'une des inconnues de cette nouvelle phase. Washington, inquiète comme d'autres de l'aggravation des tensions, a déclaré s'opposer à la fois à la saisine palestinienne de la CPI et aux représailles pécuniaires israéliennes.

Mais, a prévenu le département d'Etat, la mise en branle de la CPI pourrait avoir des "conséquences" sur l'aide américaine à l'Autorité palestinienne, chiffrée à 400 millions de dollars par an et cruciale à la fois pour son budget et pour la stabilité palestinienne.