Le Conseil de sécurité de l'ONU, dont la Russie est membre permanent, va réagir si la Syrie viole ses engagements concernant les armes chimiques sur lesquels Moscou et Washington sont tombés d'accord samedi à Genève, a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

"En cas de non-respect des exigences (dans le cadre de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques) où en cas d'utilisation d'armes chimiques par qui que ce soit, le Conseil de sécurité de l'ONU va prendre des mesures dans le cadre du chapitre 7" de la charte de l'ONU sur le recours à la force, a-t-il dit.

Américains et Russes ont conclu samedi un accord à Genève qui donne une semaine à Damas pour présenter une liste de ses armes chimiques pour leur enlèvement d'ici à la mi-2014 et prévoit une résolution à l'ONU autorisant le recours à la force en cas de manquement aux engagements du régime syrien.

La Russie, l'un des derniers alliés du régime syrien auquel elle vend des armes, a jusqu'ici bloqué toute résolution contraignante au Conseil de sécurité de l'ONU dans ce dossier. Tout en laissant entendre que la Russie pourrait dans l'avenir soutenir un recours à la force, M. Lavrov a prévenu que Moscou vérifierait minutieusement tous les rapports accusant le gouvernement syrien.

"Cela ne veux évidemment pas dire qu'on croira à tout cas de violation rapporté devant le Conseil de sécurité de l'ONU sans le vérifier", a souligné le ministre. "Il y a tant de mensonges et de falsifications dans ce dossier aujourd'hui dans le monde qu'il faut être extrêmement prudent", a-t-il ajouté.

M. Lavrov a également dénoncé des "tentatives" de certains médias de "miner les efforts visant à calmer la situation" en Syrie, notamment ses pourparlers à Genève avec John Kerry.

Ainsi, plusieurs chaînes de télévision internationales ont diffusé "au moment crucial" des discussions à Genève les déclarations du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, accusant le président syrien Bachar al-Assad de "crimes contre l'humanité" et affirmant que le rapport des inspecteurs de l'ONU allait conclure "de manière accablante" à l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, a rappelé M. Lavrov.

"Il s'est avéré après que c'était un montage vidéo, que ces deux affirmations ne sont pas liées entre elles", a déclaré le ministre russe. Il y a entre autre "des raisons de soupçonner qu'on essaie de retoucher le rapport des inspecteurs" de l'ONU sur l'utilisation présumée d'armes chimiques en Syrie le 21 août et qu'une version différente de celle faite par les inspecteurs pourrait être présentée lundi, a-t-il dit.

M. Lavrov a également estimé que l'objectif de mettre sous contrôle les armes chimiques syriennes fixé par les présidents Poutine et Obama avait été atteint au cours des discussions russo-américaines à Genève. "L'objectif fixé en septembre par les chefs d'Etat russe et américain (...) pour mettre sous contrôle les armes chimiques syriennes a été atteint", a déclaré M. Lavrov. Les documents adoptés à l'issue de ces discussions sont ceux "de consensus, de compromis et professionnels", a-t-il précisé. "Moi-même et (le secrétaire d'Etat américain John) Kerry avons confirmé notre adhésion à un règlement pacifique en Syrie", a-t-il souligné.

Le chef de la diplomatie russe a souligné que les deux pays avaient trouvé une solution "dans un délai record". "Avec la bonne volonté et les directives données par nos chefs d'Etat, la Russie et les Etats-Unis peuvent agir avec succès pour résoudre les problèmes mondiaux" y compris en ce qui concerne les armes de destruction massive, s'est-il félicité.

Londres "salue" l'accord entre les Etats-Unis et la Russie

Le Royaume-Uni "salue" l'accord entre les Etats-Unis et la Russie pour l'élimination de l'arsenal d'armes chimiques syrien, a déclaré samedi le chef de la diplomatie britannique, William Hague, affirmant que la tâche "urgente" d'appliquer le texte allait commencer dès maintenant.

"Ai parlé au secrétaire (d'Etat américain John) Kerry. Le Royaume-Uni salue l'accord Etats-Unis-Russie sur les armes chimiques en #Syrie", a déclaré M. Hague sur son fil Twitter. "Un travail urgent d'application (de l'accord) va commencer maintenant", a-t-il ajouté.

La Russie, allié du président syrien Bachar al-Assad, et les Etats-Unis ont conclu samedi un accord à Genève qui donne une semaine à Damas pour présenter une liste de ses armes chimiques en vue de leur démantèlement d'ici mi-2014 et qui prévoit l'adoption d'une résolution de l'ONU qui pourrait autoriser le recours à la force si le régime syrien ne respecte pas ses engagements.

Le Royaume-Uni, allié des Etats-Unis, a toujours défendu l'idée d'une forte réponse internationale contre le régime de Damas après l'attaque présumée chimique du 21 août. Mais le Premier ministre britannique David Cameron avait dû renoncer à la participation de son pays à une éventuelle intervention armée sous l'égide des Etats-Unis, après le refus des parlementaires à Westminster.