ENTRETIEN

ENVOYÉ SPÉCIAL À NEW YORK

En première ligne pour débrouiller la situation de nos concitoyens à New York, le consulat de Belgique fonctionne en permanence. Madame le Consul général de Belgique à New York, Ingeborg Kristoffersen, explique le fonctionnement de notre représentation dans cette situation de crise extrêmement grave.

Comment le consulat de Belgique de la ville de New York s'est-il organisé depuis le début de la catastrophe?

Notre première action a été de mettre en place un centre de crise, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères à Bruxelles, pour répondre aux appels des personnes dont un proche se trouvait à New York au moment du drame, et dont ils n'ont toujours pas eu de nouvelles. Sur base de ces appels, nous avons établi une liste à partir de laquelle nous pouvons mener des recherches. Cette liste se raccourcit, heureusement. Nous collaborons beaucoup avec la ville de New York pour retrouver la trace de ces personnes manquantes. La ville met à la disposition de quiconque la liste actualisée des victimes, affichée à l'intersection de la 28e rue et de Lexington Avenue. Cette liste est très souvent consultée par les membres de notre personnel, qui travaillent 24 h/24. Fort heureusement, nous n'y avons trouvé personne pour l'instant, même s'il y a encore beaucoup de cas où on peut se poser des questions.

Pour l'instant, au sein de la communauté belge, il n'y a donc aucun mort et aucun blessé?

Pour l'instant.

Ces listes sont-elles donc uniquement constituées au départ de coups de fil de citoyens belges qui n'ont toujours pas de nouvelles d'un proche qui se trouvait dans la région au moment des faits?

Oui, ainsi que des appels des gens présents ici et qui ont directement joint le centre de crise pour signaler la disparition de proches.

Le consulat n'a-t-il aucun registre des citoyens belges établis en permanence dans la région?

Notre législation ne prévoit pas une immatriculation obligatoire auprès du consulat. Les gens le font donc de façon volontaire. S'ils le font, nous avons un dossier. Sinon, on n'est pas au courant.

Vous me disiez que votre liste se raccourcissait, et donc que beaucoup de gens présumés disparus avaient entre-temps donné signe de vie. Combien de personnes ont-elles déjà été retirées de cette liste?

Je ne peux pas donner ce genre d'information. Notre tâche est de rassurer les gens. Je ne dis pas cela parce que le nombre de disparus est immense, mais pour l'instant je préfère ne pas parler de chiffres.

Et si je vous demande quel pourcentage de la liste totale a déjà pu être déduit?

Je dirais que 80 pc des gens présents ont déjà été identifiés, ils sont en bonne santé, et on les a donc rayés de la liste.

Comment procédez-vous lors de vos recherches?

Nous divisons les victimes en trois catégories. Bien sûr, il y a les passagers des avions détournés - qui sont tous morts, évidemment - mais nous n'y avons heureusement trouvé personne pour l'instant. La deuxième catégorie concerne les gens qui travaillent au World Trade Center. Là, par contre, nous avons connaissance de plusieurs Belges qui y travaillaient, nous essayons donc d'obtenir des renseignements quant à leur sort, tout d'abord par les listes de victimes de la ville, ensuite en contactant toutes les firmes pour lesquelles ils travaillaient. Nous travaillons là-dessus pour l'instant. Evidemment je dois vous dire que bien souvent, ces firmes sont dans l'impossibilité de nous repondre car elles ont perdu toutes leurs archives. La troisième catégorie concerne les touristes. Heureusement, l'observatoire en haut de la tour no1 n'était pas encore ouvert au moment des faits, mais il se pourrait bien que de nombreux touristes belges aient été dans les environs au moment du drame. En plus de cela, il y a évidemment tous les gens qui sont bloqués ici. Nous sommes toujours dans la saison touristique à New York, et les affaires ont repris peu après Labor Day. Il se peut donc que beaucoup d'hommes d'affaires et de touristes aient été présents a New York mardi.

Combien de citoyens belges se trouvent habituellement à New York en cette période de l'année?

Nous avons quelque idée du nombre de gens qui habitent dans ce qu'on appelle le «Tri-State area», à savoir les régions des États de New York, du New Jersey et du Connecticut qui bordent la ville. Cette communauté belge est estimée à 10 000 personnes, toutes susceptibles de travailler à Manhattan. Ce qui ne veut pas dire qu'ils y travaillent tous, naturellement. Quant aux touristes, il est plus difficile d'avoir une idée précise.

Quelles démarches les gens coincés ici peuvent-ils effectuer au consulat?

La plupart des demandes des gens portent sur des informations relatives à l'espace aérien. Pour l'instant aucun vol ne peut à nouveau partir de New York - comme de Boston, d'ailleurs. Nous offrons également la possibilité aux personnes qui viennent ici de téléphoner chez eux. Et nous pouvons également régler certains problèmes.

Par exemple?

Toutes sortes de problèmes. Certaines personnes, à titre d'exemple, logeaient dans un hôtel de la zone sinistrée et n'ont donc plus accès à leur passeport. Nous pouvons donc leur établir un passeport temporaire pour leur permettre de repartir. D'autres sont à court d'argent, nous pouvons également leur venir en aide à titre provisoire, même si ce cas de figure s'est peu présenté pour l'instant, la plupart des gens étant munis de cartes de crédit.

Certaines personnes étaient-elles à la recherche d'aide psychologique?

Certaines ressentaient le besoin de parler à des concitoyens. Nous essayons de communiquer avec eux, de les rassurer, de les aider dans la mesure du possible.

Combien de personnes se sont déjà rendues au consulat pour demander de l'aide?

Difficile à dire. Plusieurs centaines, sans aucun doute.

Le consulat est désormais ouvert 24h sur 24. Comment vous organisez-vous?

Seize personnes se relaient pour effectuer une garde. Nous avons également reçu de l'aide de notre délégation permanente aux Nations unies pour le service de nuit.

Etes-vous en contact avec certaines compagnies aériennes, dont la Sabena?

Naturellement. Pour l'instant aucun avion n'est prêt à décoller de Bruxelles pour venir jusqu'ici. Ce que je vous dis là concerne l'instant présent, il se peut bien sûr que les choses changent. Samedi, il est possible que certains avions se rendent au Canada.

Se pourrait-il qu'un avion soit affrété uniquement pour rapatrier les citoyens belges présents a New York?

Ce n'est pas à exclure.

Avez-vous envisagé d'organiser des navettes qui pourraient conduire nos concitoyens vers une ville d'où ils pourraient rejoindre la Belgique?

Cette option a de fait été envisagée, principalement à destination du Canada, qui est très près d'ici, mais sans succès. J'ai par exemple été informée que des délais de 15 h étaient annoncés à la frontière canadienne.

Y a-t-il une collaboration entre les différents centres de crise de chaque pays?

Du moins entre les différents pays de l'Union européenne. Vu que nous sommes tous dans les mêmes difficultés, nous nous sommes réunis jeudi afin de se concerter en vue d'être plus efficaces, ainsi que pour coordonner l'aide éventuelle que nous allons apporter aux victimes.

Quel type d'aide?

Pour l'instant, nos interlocuteurs nous disent qu'ils n'ont pas vraiment besoin d'aide, médicale par exemple. L'aide que nous apporterons sera à plus long terme, comme le traitement des grands brûlés, ou tout ce qui pourra nous permettre de venir en aide aux victimes de ce drame.

© La Libre Belgique 2001