Le boycott des produits danois dans les pays musulmans, observé en signe de protestation contre la publication des caricatures de Mahomet, coûte chaque jour des millions aux firmes danoises, et pourrait causer à terme des dégâts irréparables dans les relations commerciales.

Du fromage Havarti aux Lego, les produits danois ont été retirés des étalages des magasins en Arabie Saoudite, au Koweït et dans d’autres pays du Moyen-Orient, alors que les musulmans attendent des excuses pour les caricatures, ce que le gouvernement de Copenhague a exclu, n’étant pas responsable de la presse libre.

Les boycotts ont commencé en Arabie Saoudite le 26 janvier quand les supermarchés ont placardé des affichettes demandant d’arrêter d’acheter les produits danois, ou ont tout simplement retirés ceux-ci de leurs étalages. Depuis, d’autres pays musulmans les ont imités, y compris des enseignes occidentales.

Ainsi, un supermarché tenu par Carrefour, au Caire, a sorti des affichettes affirmant qu’il ne vendait pas de produits danois "par solidarité avec les musulmans et les Egyptiens". Le groupe français n’a pas fait de commentaire.

Mercredi, l’association des importateurs d’Indonésie a commencé à boycotter les produits danois, que des affichettes sur les murs et les vitrines appellent les consommateurs syriens à ne pas acheter.

"C’est une situation qui est très préoccupante pour nos membres", a déclaré Henriette Soltoft, directrice des opérations internationales de la Confédération des industries danoises, qui représente les plus grandes entreprises du pays.

"Il y a aussi la crainte (pour l’avenir) que le consommateur ne se souvienne pas exactement de ce qui est arrivé, mais qu’il fasse le rapprochement avec le Danemark", a-t-elle expliqué, notant que le Moyen-Orient était considéré comme une zone de croissance. "Nos bonnes relations avec ces pays se sont détériorées mais nous ne savons pas jusqu’à quel point. Nous le saurons dans l’avenir et cela dépendra de quand cette crise sera résolue et comment elle sera résolue".

Les caricatures publiées par le journal danois "Jyllands-Posten" en septembre puis leur reprise dans d’autres pays principalement occidentaux ont déclenché des manifestations, parfois violentes, dans les pays musulmans.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Manushehr Mottaki a répété jeudi une position largement répandue, en affirmant que "pour que le gouvernement danois se raccommode avec le monde islamique et les musulmans, il devrait publier des excuses officielles".

Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a rejeté à plusieurs reprises ces demandes d’excuses, assurant que le gouvernement ne pouvait pas être tenu pour responsable des actions d’un journal indépendant. Le "Jyllands-Posten" s’est excusé d’avoir offensé des musulmans mais pas d’avoir publié les dessins.

Le commissaire européen chargé du Commerce, Peter Mandelson, a prévenu les gouvernements musulmans qui seraient à l’origine des boycotts qu’ils risqueraient des sanctions à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) si l’Union européenne prouvait leur implication. Mais si les boycotts relèvent du choix des consommateurs, il n’y a pas grand-chose à faire.

Selon la "Danske Bank" du Danemark, des produits danois d’une valeur de 10 milliards de couronnes (1,3 milliard d’euros) sur un an sont menacés dans 20 pays musulmans par le boycott. Par comparaison, les exportations mondiales du Danemark en 2004 ont atteint 452 milliards de couronnes.

Mais Henriette Soltoft estime que les dégâts pourraient aller au-delà des exportations, s’étendant notamment aux contrats de service, des pertes qui ne peuvent être quantifiées pour l’instant.

Arla Foods, une des plus grandes laiteries d’Europe, serait l’entreprise danoise la plus touchée, perdant quotidiennement dix millions de couronnes (1,3 million d’euros).