Le bras de fer est gagné. Andres Manuel Lopez Obrador, maire de la ville de Mexico, avait rendez-vous vendredi avec le président Vicente Fox. Il s'y est rendu en grand triomphateur du conflit qui les a opposés ces dernières semaines, avec la rue pour témoin. Le maire a obtenu la garantie qu'il pourrait se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2006, alors que le pouvoir tentait de l'en empêcher. Il devait demander à l'actuel chef de l'Etat de garantir un scrutin libre et équitable. Une forme de défi...

Andres Manuel Lopez Obrador se prépare à devenir le candidat officiel du Parti de la révolution démocratique. Représentant d'une gauche aux accents populistes, il est actuellement donné favori dans les sondages et incarne l'espoir, pour les plus démunis, d'une révolution progressiste comparable à celle en cours dans plusieurs pays d'Amérique latine. Vicente Fox ne pouvant plus se représenter, son Parti d'action nationale devrait présenter la candidature de Santiago Creel, actuellement ministre de l'Intérieur. Le Parti révolutionnaire institutionnel, au pouvoir pendant septante ans de suite jusqu'en 2000, espère lui aussi retrouver le pouvoir. La lutte s'annonce serrée.

La pression de la rue

Le maire de Mexico a fini par déjouer ce qu'il présentait comme un «complot» grâce au soutien de ses militants et de discrètes pressions internationales. Le mois dernier, le Congrès ruinait en effet ses ambitions pour 2006 en levant son immunité parlementaire, empêchant ainsi sa candidature. A l'origine de cette décision, une requête judiciaire pour le moins saugrenue: on l'accusait d'abus de pouvoir pour avoir ignorer une injonction de justice à faire cesser la construction d'une route d'accès pour un hôpital.

Le 24 avril, une marée humaine envahissait la capitale. Des centaines de milliers de sympathisants du maire accusaient le pouvoir actuel de mener une véritable chasse aux sorcières. Trois jours après cette démonstration de force, Vicente Fox lâchait du leste avec la démission du procureur général de la république - également ministre de la Justice -, Rafael Macedo de la Concha. Sur instruction expresse du palais présidentiel, le nouveau procureur, Daniel Cabeza de Vaca, réanalysait le dossier «Lopez Obrador».

Mercredi, un porte-parole annonçait que «l'action judiciaire est éteinte». Et le communiqué de préciser: «Bien que le délit et la responsabilité d'Andres Manuel Lopez Obrador soient constitués, il n'existe pas actuellement de peine applicable à ce cas. Faute de clarté dans la sanction, le parquet ne poursuivra pas l'action pénale.» Une façon de reconnaître la vacuité des charges retenues contre lui.

Fort de ce succès, le maire de Mexico compte bien surfer sur la vague médiatique pour présenter en début de semaine prochaine un premier programme à la magistrature suprême. Dès ce moment, il se trouvera au coeur de la bataille. Dans ce pays stratégique, à la frontière des Etats-Unis, aucun coup bas ne devrait lui être épargné.

© La Libre Belgique 2005