Un "appel à soutien maximal" lancé à tous ses sympathisants. Un plaidoyer "urgent et important" diffusé dans son réseau. Une chaîne d’envois massifs de courriels de protestation au secrétaire général de l’Elysée, au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et à leurs proches collaborateurs. Cette semaine, le Réseau éducation sans frontières (RESF) mobilise : résolu à "ne pas accepter de Hollande ce qui était le plus odieux chez Sarkozy".

Pendant le précédent quinquennat, ces militants pour la régularisation des sans-papiers dont les enfants sont scolarisés avaient donné du fil à retordre à Nicolas Sarkozy et à ses ministres de l’Intérieur successifs. Jusqu’à s’ériger en figure de proue du combat associatif "droit-de-l’hommiste", comme l’ex-Président qualifiait les opposants "bien-pensants" à sa politique migratoire . A peine l’alternance a-t-elle eu lieu que, déjà, ils repartent au combat. Non sans une certaine amertume, voire aigreur, envers le nouveau pouvoir socialiste.

Deux cas personnels les indignent.

Le premier est camerounais, sans papiers, père de deux enfants français scolarisés. Après avoir passé plus d’un mois et demi en centre de rétention, il serait en passe de devenir "le premier père de famille expulsé par François Hollande". Au Cameroun, il avait perdu ses parents quand il avait six ans. Après des années à l’orphelinat, il avait fini par émigrer en France, pour y rejoindre son frère. "La loi, les méthodes, les comportements doivent changer, maintenant", exigent les activistes. Qui refusent que se dédisent des socialistes "qui, des années durant, ont manifesté leur solidarité avec les parents d’enfants scolarisés expulsés par Sarkozy".

Le second cas concerne un Cap-Verdien, lui aussi père de famille et sans papiers. Il réside en France depuis dix ans. Il a un emploi. Ses trois enfants y sont scolarisés. Ses six frères et sœur ainsi que sa mère y résident régulièrement. RESF refuse que "cette famille sans problème" soit "démembrée". L’association pétitionne pour que soit levée la mesure d’obligation de quitter le territoire frappant l’intéressé.

Les "droits-de-l’hommistes" sont d’autant plus déterminés à faire preuve de "grande vigilance" envers le nouveau pouvoir qu’ils nourrissent des griefs à l’encontre de sa politique migratoire.

Certes, vient d’être abrogée la circulaire de l’ex-ministre UMP de l’Intérieur, Claude Guéant, relative aux étudiants étrangers. Et, pour éviter "les contrôles au faciès" , les policiers vont revoir la manière dont ils procèdent aux contrôles d’identité, sur la voie publique. En outre, lors de sa campagne présidentielle, François Hollande a dit son intention de supprimer le mot "race" de la Constitution. Et il a corrigé Ségolène Royal, qui avait décrété que l’octroi du droit de vote municipal aux étrangers non européens ne serait "pas une priorité".

Mais le nouvel hôte de l’Elysée a aussi nommé ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Soit le héraut de l’aile la plus à droite du Parti socialiste - et qui, comme député, vota plusieurs fois avec l’UMP, entre 2007 et 2012. Dans ses attributions, figurent l’immigration et l’asile politique, tout comme ces compétences étaient du ressort de l’Intérieur ces cinq dernières années. Pour les associations, c’est au minimum "une erreur", au pire un indigne "gage donné à la frange la plus xénophobe de l’électorat".

Les défenseurs des étrangers n’ont pas non plus apprécié de voir le socialiste, lors de son duel télévisé avec Nicolas Sarkozy, renier son engagement de rendre "exceptionnel" le placement de clandestins en centres de rétention, a fortiori s’il s’agit de familles nombreuses. Et ces activistes attendent le nouveau Président au tournant, quand il mettra concrètement en application deux de ses promesses de candidat : "limiter l’immigration économique", en ces temps de crise, et lutter contre le "trop (grand nombre) d’immigrés en situation irrégulière".