Le Dr Shipman, «drogué au crime», a tué au moins 215 patients
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Le Dr Shipman, «drogué au crime», a tué au moins 215 patients

AFP

Publié le - Mis à jour le

Le médecin britannique Harold Shipman a assassiné au moins 215 de ses patients, et peut-être jusqu’à 260 en 23 ans, selon une enquête officielle, ce qui fait de lui l’un des pires tueurs en série de l’histoire. Harold Shipman, 56 ans, a toujours nié ses crimes, pour lesquels aucun mobile clair n’a pu être établi.

«Il est possible qu’il ait été drogué au crime», a estimé devant la presse Janet Smith, la magistrate qui a rendu public vendredi les premières conclusions de son enquête officielle à Manchester.

Harold Shipman a été condamné à la prison à vie en janvier 2000 pour le meurtre de quinze de ses patientes, mais une enquête officielle avait ensuite été ouverte pour tenter de définir l’ampleur réelle de ses crimes.

Treize mois de recherches ont permis de conclure que le médecin, qui travaillait seul dans son cabinet de Hyde, dans la banlieue de Manchester, a tué au moins 215 personnes entre 1975 et 1998. «Mais ce chiffre pourrait ne pas représenter le vrai total» de ses crimes, a prévenu Janet Smith, car de «réels soupçons» pèsent sur 45 autres décès de patients.

L’enquête, portant au départ sur 887 morts, dresse le portrait d’un des pires tueurs en série de l’histoire, rendu d’autant plus effrayant par la respectabilité de la profession derrière laquelle il se cachait, et par la routine avec laquelle il tuait, a relevé Dame Janet.

Shipman «a trahi la confiance (de ses patients) d’une façon et avec une ampleur que je crois sans équivalent dans l’histoire», a déclaré la magistrate.

Harold Shipman a tué pour la première fois en 1975, un an seulement après avoir commencé à exercer et il a continué jusqu’à son arrestation le 7 septembre 1998. Le Dr Shipman tuait le plus souvent dans l’après-midi, à leur domicile, des femmes d’un certain âge qui vivaient seules, à qui il injectait une surdose de morphine ou d’héroïne. Le médecin affirmait ensuite à la famille que le décès était dû à une crise cardiaque.

Au total, 171 de ses 215 victimes sont des femmes, 44 des hommes. La plus jeune de ses victimes est un homme de 41 ans, la plus âgée une femme de 93 ans.

C’est dans la petite ville de Hyde, où il s’est installé en 1977, que Shipman a tué 214 de ses 215 victimes confirmées. Sa routine meurtrière s’emballe apparemment quand, après une brouille avec les collègues avec qui il partageait un cabinet médical, il s’installe seul en 1992.

Le médecin, unanimement apprécié de ses patients, à l’allure austère avec ses fines lunettes d’argent et sa barbe soigneusement taillée, tue, en 1993, 16 patients, puis 11 en 1994, 30 chaque année en 1995 et 1996, et 37 en 1997.

Il tuera encore 18 fois en 1998, puis il est interpellé après avoir très grossièrement falsifié le testament de sa patiente Kathleen Grundy, 81 ans.

C’est la seule fois où l’appat du gain semble l’avoir motivé, à moins qu’il ne se soit agi d’une forme détournée d’autodénonciation. Ce père de quatre enfants s’est depuis son arrestation muré dans son silence, et son épouse Primrose, qui assurait un moment son secrétariat, affirme continuer à croire innocent cet homme qu’elle vénère.

La seule piste avancée est le vertige du pouvoir de donner la mort, et une fascination doublée d’une possible accoutumance à la drogue : son début de carrière à Tormorden avait été brisée au milieu des années 70 par une condamnation pour s’être prescrit lui-même des doses importantes de péthédine, une drogue aux mêmes effets que la morphine.

L’enquête publique va maintenant se poursuivre pour tenter de comprendre comment Harold Shipman a pu mener sa carrière criminelle sans jamais être sérieusement inquiété. «L’horreur des crimes de Shipman ne doit pas éroder la confiance entre les médecins et leurs patients», a estimé le Premier ministre Tony Blair.

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