A moins d'un miracle, il est à craindre que la junte birmane ne liquide avec sa brutalité coutumière une opposition qui la défie avec des moyens dérisoires. Le Conseil de sécurité des Nations unies, paralysé par l'obstruction des Russes et des Chinois, l'a pratiquement encouragée à procéder de la sorte en adoptant un profil on ne peut plus bas.

Encore faut-il, une fois n'est pas coutume, rendre hommage à George W. Bush. Si le président américain n'avait pas épinglé la situation à Rangoon dans son discours devant l'Assemblée générale de l'Onu, mardi dernier, la marge de manoeuvre des dictateurs birmans aurait été plus grande encore.

A cet égard, le désarroi des Européens est dramatique. Certes, il y a peu de chose qu'ils puissent faire en matière de sanctions. Pour un régime autarcique et xénophobe comme celui qui asservit la Birmanie depuis 1962, l'isolement va presque de soi. Il n'empêche que l'UE paie le prix de sa "politique d'engagement" qui devait, selon elle, amener les généraux birmans à se montrer plus aimables. Que ceux-ci n'aient jamais voulu dialoguer avec Aung San Suu Kyi, ni même seulement lever son assignation à résidence, aurait dû ouvrir les yeux des Européens depuis longtemps.

Il y a, dès lors, quelque chose de pathétique dans cet appel lancé à la Chine pour qu'elle exerce des pressions sur la junte. Comme si un pays non démocratique pouvait en exhorter un autre à changer ses méthodes de gouvernement ! Sans doute la Chine a-t-elle beaucoup appris de Tian'anmen et peut-elle prodiguer d'utiles conseils sur la manière d'endiguer le mécontentement populaire. On ne peut attendre d'elle beaucoup plus, cependant, et on saurait encore moins l'y forcer. Va-t-on prendre maintenant, contre Pékin, des sanctions qu'on n'a jamais osé imposer pour défendre les démocrates chinois ?

Le rare levier dont disposent les Européens se trouve dans l'Asean - l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est- qui, en admettant la Birmanie en son sein en 1997, avait précisément hypothéqué la qualité de ses relations avec l'UE. Réunis jeudi à New York, les ministres de cette organisation se sont déclarés "épouvantés" par la répression à Rangoon, une position qui tranche sur le souci habituel de l'Asean de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures des Etats membres. Cette indignation ira-t-elle jusqu'aux pressions économiques ? L'avenir de la démocratie en Birmanie en dépend pour une bonne part.