L'alternance pressentie a été plus rapide que prévu au sein de l'Autorité palestinienne où le Hamas est devenu, à l'issue de sa première participation à des élections législatives -coup d'essai, coup de maître-, la première formation de l'échiquier politique. Nul n'a contesté, jeudi, le verdict des urnes au terme d'un scrutin exemplairement démocratique. La victoire du Mouvement de la résistance islamique, nul ne songe davantage à la confisquer comme l'avaient fait les militaires algériens avec celle du Front islamique du Salut en janvier 1992. La crainte immédiate des Occidentaux n'est d'ailleurs pas tant que les nouveaux dirigeants établissent un Etat islamique en Palestine mais bien qu'ils plongent le dialogue israélo-palestinien dans l'impasse totale. La victoire du Hamas signe l'échec du Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à redorer -mais en avait-il le temps et les moyens?- l'image d'une institution décrédibilisée. Elle sacre aussi l'échec du gouvernement israélien et des parrains du processus de paix à saisir une fenêtre d'opportunité -l'avènement du successeur de Yasser Arafat, la conversion d'Ariel Sharon à la nécessité de rétrocéder des territoires occupés... - pour consolider un processus et en affecter des dividendes concrets aux Palestiniens.

A court terme, l'accession au pouvoir du Hamas va compliquer les relations avec les Israéliens, paralyser sans doute un processus de paix qui était de toute façon en léthargie. A moyen terme, la confrontation du Hamas à l'exercice du pouvoir -qu'il redoute, au demeurant aujourd'hui, d'assumer seul- va probablement le forcer à apprendre la realpolitik. Prôner la destruction d'une puissance militaire comme celle d'Israël est un slogan qui peut exalter des fanatiques extrémistes perdus dans un trip révolutionnaire, pas une politique susceptible de résister à la prise en charge de responsabilités gouvernementales au service d'une nation. Car un des leitmotive seriné par les Palestiniens pendant la campagne électorale aura été que prenne fin le cycle des violences et des privations générées par cinq ans d'intifada. C'est aussi poussés par cette aspiration que les Palestiniens ont voté pour le changement. Si le Hamas ne répond pas à cette attente, il sera balayé comme ses prédécesseurs.

© La Libre Belgique 2006