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International

Le Kosovo s'affranchit

Christophe Lamfalussy

Publié le - Mis à jour le

Envoyé spécial à Pristina

Le Kosovo a proclamé dimanche une indépendance "qui marque", selon son Premier ministre Hashim Thaci, "la fin de la dissolution de la Yougoslavie". Elle a aussitôt été rejetée par la Serbie, qui a promis d'utiliser tous les moyens légaux et pacifiques pour annuler la fondation de ce "faux Etat", selon la formule du Premier ministre serbe Vojislav Kostunica.

Le Parlement kosovar a adopté vers 15h50 une déclaration d'indépendance, puis le nouveau drapeau du pays qui, avec ses deux millions d'habitants, vient s'ajouter à la carte de l'Europe. Les députés ont signé tour à tour la déclaration d'indépendance, en l'absence des parlementaires serbes qui boycottaient la session plénière.

Dans les rues de Pristina, c'était la liesse. Les gens s'embrassaient, téléphonaient à la diaspora et se prenaient en photo pour immortaliser l'événement. Malgré le froid piquant, des dizaines de milliers de Kosovars ont déambulé sur le boulevard Mère Teresa, au son des pétards, des cris en faveur de l'indépendance et des roulements de tupan, le tambour albanais. Certains dansaient, d'autres s'agglutinaient devant des feux.

"C'est un jour exceptionnel. J'envie nos enfants qui connaîtront un sort meilleur que celui que nous avons connu", s'exclame Ganimete Ismali, une habitante de Pristina, avant d'offrir un verre de whisky. Sur toute la longueur du boulevard, il y avait distribution gratuite de sodas, de bières et de morceaux de gâteaux. "Je ne parviens pas à exprimer mes sentiments, mais je suis optimiste. Dans quatre ou cinq ans, nous parviendrons à établir la sécurité", dit Blerin Uka, un jeune étudiant de 22 ans dont le visage est couvert de la crème fraîche du gâteau qu'il avale goulûment. Dans sa poche, une bouteille de deux litres de bière, une cuvée spéciale indépendance produite par la brasserie de Peja.

Sur les escaliers du Théâtre national, trois sexagénaires assistent au lâcher de pigeons. Islam Dugolli, dont le fils vit à Namur, souligne que "l'Histoire nous rattrape, c'est un jour magnifique pour nous et pour la démocratie". Un autre, ancien imam de Pristina, estime "que l'Europe répare ses erreurs de 1912", lorsque la Conférence de Londres avait accordé le territoire du Kosovo à la Serbie. "Nous avons été occupés pendant 95 ans par les Serbes." Le troisième assure que "les Serbes d'ici ne nous dérangent pas. Ce qui important, c'est qu'ils ne fassent pas la loi".

"Pas un précédent"

La déclaration d'indépendance adoptée dimanche souligne que "le Kosovo est un cas spécial résultant de la dissolution non consensuelle de la Yougoslavie et n'est pas un précédent pour toute autre situation". Elle promet aussi "une république démocratique, laïque et multi ethnique, guidée par les principes de non-discrimination et de protection égale devant la loi".

Devant la presse, les dirigeants du nouvel Etat ont appelé tous les citoyens, y compris la minorité serbe, à se mobiliser pour bâtir le pays. "J'ai un message pour les Serbes. Je sais que c'est un jour de peur pour vous. Mais votre sécurité sera respectée", a dit le président Fatmir Sejdiu. "Je le dis à tous les citoyens : notre unité sera notre force", a insisté le Premier ministre Thaci. Ni l'un ni l'autre n'ont dit un mot en serbe, une langue que Thaci ne maîtrise pas.

Le Kosovo espère désormais une reconnaissance rapide par un maximum de pays européens et par les Etats-Unis. Thaci, qui avait assuré précédemment qu'une centaine de pays étaient prêts à reconnaître le nouvel Etat, place son pays sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne et à l'Otan.

Dans la soirée, aucun incident majeur n'avait été signalé. Les rues de Pristina continuaient à résonner de klaxons, de pétards et de feux d'artifice, qui rappelaient étrangement les déflagrations qui ont accompagné pendant plus d'une décennie l'éclatement de la Yougoslavie.

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