Le 18 juin dernier, près de 5 000 femmes voilées, accompagnées de quelques hommes barbus, ont protesté à Pristina contre l’exclusion de l’école de quelques collégiennes coiffées d’un foulard islamique. Cette manifestation était très inhabituelle au Kosovo, dont les deux millions d’habitants sont à 90 % musulmans mais peu pratiquants. Le ministère kosovar de l’Education a, en effet, interdit à la fin de l’an dernier le foulard islamique dans les écoles élémentaires et secondaires. " Cette décision est conforme à la Constitution du pays ", affirme le ministre de l’Education, Enver Hoxhaj, en rappelant que le Kosovo est "un Etat laïque et neutre en matière de croyances religieuses". "S’il y a des citoyens qui pensent que notre décision n’est pas conforme à la Constitution, ils n’ont qu’à saisir la Cour constitutionnelle et nous nous conformerons à sa décision ", dit-il.

Pour les observateurs, le Kosovo a tenu à interdire explicitement le foulard à l’école pour assurer le respect de sa Constitution et souligner son appartenance à l’Occident et son aspiration à adhérer à terme à l’Union européenne et à l’Otan. Jahja Drançolli, professeur de religion à l’université de Pristina, estime qu’autoriser le foulard saperait l’identité du Kosovo où 70 % des musulmans ne sont pas pratiquants. "I ls peuvent porter ces uniformes chez eux ou sur des sites religieux, mais pas dans les écoles ou les universités. Ces gens sont manipulés par différents pays et organisations à des fins diverses ", dit Drançolli. La plupart des Albanophones du Kosovo sont, comme ailleurs dans les Balkans, devenus musulmans sous l’empire ottoman. Mais beaucoup d’entre eux ont continué de pratiquer le christianisme en secret, ce qui leur a valu le surnom de "catholiques cachés ".

En Albanie, où 70 % de la population est musulmane, les foulards sont aussi interdits dans les écoles élémentaires et secondaires mais autorisés à l’université. En Bosnie, le foulard est autorisé tant dans les écoles qu’à l’université. Cela a attiré à Sarajevo de nombreuses jeunes femmes venues de Turquie et d’autres pays pour étudier dans des universités à financement turc. (D’après Reuters)