Malgré la surveillance accrue des frontières européenne, le flux n’a pas tari : lundi encore, les services de secours maritimes espagnols ont intercepté 35 migrants africains qui tentaient de traverser le détroit de Gibraltar, à bord de bateaux gonflables, pour atteindre les côtes européennes. Ils ont reçu soins et couvertures avant d’être amené au port de Tarifa, sur la côte andalouse. Ils ont eu de la chance en quelque sorte. Cet automne, 16 personnes avaient trouvé la mort en mer entre le Maroc et l’Espagne.

Des Africains subsahariens continuent à tenter de pénétrer sur le territoire de l’Union, en traversant la Méditerranée ou en déjouant la sécurité des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Au mois d’août, Madrid avait fait rehausser le grillage-frontière de cette dernière cité autonome, après le passage en force d’une soixantaine de clandestins. Ce qui n’a pas empêché une cinquantaine de réussir à s’y introduire il y a une semaine - non sans heurts d’ailleurs.

"On observe une recrudescence des violences depuis 2012", déplore Sergio Martin, responsable des activités au Maroc chez MSF Espagne. "La police procède souvent à des raids et des déportations à la frontière algérienne, en plein désert, où les températures sont extrêmes et les conditions de vie particulièrement dures. Femmes, enfants et mineurs non accompagnés sont des proies faciles pour les trafiquants et, plus encore, les réseaux de traite d’êtres humains, et sont victimes d’enlèvements, de viols, d’exploitation sexuelle et de violences", rapporte Médecins sans frontières.

L’organisation médicale d’urgence a néanmoins décidé de quitter le Maroc où vivent, selon le ministère de l’Intérieur, 10 000 à 20 000 clandestins. Ses activités, qui ne correspondaient plus à son cœur de métier, ont été, ou sont, transférées à des ONG locales et à l’Etat qui prend désormais en charge les soins apportés aux migrants.

Mais "nous partons en protestant contre la situation", insiste Sergio Martin. "Les autorités marocaines doivent prendre leurs responsabilités et protéger les migrants sur leur territoire, mais il ne faut pas oublier que ces migrants restent sur le territoire marocain en conséquence de l’externalisation des politiques de migration de l’Union européenne." Ce pays du Maghreb n’est plus seulement un pays de transit vers l’UE, il est devenu "pays de destination forcée".

Or, Rabat ne dispose pas de services sociaux suffisants et adaptés, il "n’a pas les ressources pour offrir à ces migrants un minimum de dignité", estime Sergio Martin. Les Européens "ne peuvent pas empêcher les migrants d’entrer sur leur territoire et, en même temps, laisser le Maroc seul face aux problèmes que cela génère. Ils ne peuvent pas faire comme si cela ne les concernait pas". MSF, qui refuse de porter un jugement franc sur la politique d’asile et d’immigration européenne, estime ainsi que l’Union doit "prendre ses responsabilités et traiter les conséquences de ses actions". "Si l’on provoque une situation qui plonge des personnes dans une telle situation de vulnérabilité, il faut apporter de l’aide. Si l’on externalise les frontières, il faut externaliser les services sociaux aussi."