Dix ans de fraude, 300.000 femmes concernées dans le monde, dont des victimes aux vies brisées: le méga-procès du scandale des prothèses mammaires défectueuses de la société française PIP s'ouvre mercredi à Marseille (sud de la France), avec près de 5.000 plaignantes.

Jusqu'au 17 mai, cinq dirigeants de l'ex-société française Poly Implant Prothèse (PIP) doivent comparaître pour tromperie aggravée et escroquerie. Ils avaient rempli les implants d'un gel de silicone "maison", non conforme, qui entraînait un risque élevé de rupture des prothèses.

Un lien entre ce gel frelaté et certains cas de cancers des porteuses n'a pas été en revanche établi.

Personnage central du dossier, le fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, 73 ans, avait au début des années 2000 réussi à faire de sa PME le troisième fournisseur mondial.

Avant que le scandale n'éclate en 2010, son usine de La Seyne-sur-Mer (sud) exportait 80% de sa production dans plus de 65 pays à commencer par l'Amérique du Sud (Venezuela, Brésil, Colombie, Argentine): plus de 50% des ventes en 2009.

L'Europe de l'Ouest (Espagne, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Portugal, Suisse) était l'autre grande région d'exportation: 27 à 28%. Parmi les autres clients, figurait l'Europe de l'Est (Bulgarie, Hongrie, Russie, Bélarus, Pologne, République tchèque): 10% en 2009).

La société vendait aussi en Iran, Turquie, Israël, Syrie et dans les Emirats (8,1% en 2009), de même qu'en Australie, Thaïlande, au Japon, à Singapour et en Chine.

Plus de 5.100 plaignantes étaient enregistrées fin mars, dont environ 4.900 Françaises. Le parquet estime qu'environ 10% d'entre elles pourraient venir assister à l'audience. Quelque 300 avocats seront à l'oeuvre.

"Si toutes les femmes n'ont pas de séquelles physiques ou psychologiques importantes, elles sont toutes marquées à vie", témoigne Joëlle Manighetti, qui a dû se faire retirer une prothèse PIP après une ablation totale du sein en 2009.

Le dernier bilan sur les explantations fait état de plus de 4.100 cas de rupture d'implant et de réactions inflammatoires chez près de 2.700 femmes. L'affaire avait commencé avec une inspection de l'organisme français de contrôle de la sécurité du médicament (ANSM), alertée par des chirurgiens sur des ruptures de prothèses trop fréquentes.

Les implants sont retirés du marché et la justice est saisie. A l'usine PIP, les gendarmes y découvrent, dans un camion, de l'huile de silicone de grade industriel et non médical.

Ce gel frauduleux coûtait dix fois moins que le gel déclaré Nusil, soit une économie annuelle de plus d'un million d'euros.

En France, seul grand pays à rembourser l'opération, 15.000 femmes se sont fait retirer leur prothèse, dont 11.000 à titre préventif. Sans que rien n'indique un risque accru de cancer selon les pouvoirs publics, mais une étude épidémiologique sur 10 ans doit être lancée.

Pour certains avocats des victimes, il manque du monde sur le banc des prévenus, notamment la société allemande TÜV (partie civile), chargée de certifier la conformité des prothèses avec les normes européennes. "Et les chirurgiens esthétiques, personne ne se tourne vers eux!", s'insurge un avocat, Me Christine Ravaz.

"Le parquet est heureux d'organiser ce procès médiatique, pour lequel on va dépenser près d'un million d'euros (...) mais les victimes pourront-elles réellement être indemnisées?", interroge un de ses confrères, Me Roland Mino. L'enjeu est là, sur fond d'insolvabilité des prévenus qui amènera les victimes à se retourner vers les fonds publics d'indemnisation en France, plafonnés à 4.200 euros.

Pour Me Arie Alimi, qui défendra des Vénézuéliennes, "c'est à l'Union européenne de créer un fonds d'indemnisation des victimes des dispositifs médicaux". Car Bruxelles selon lui, en n'imposant qu'un contrôle "laxiste" sur les implants, "est à l'origine de cette catastrophe".