Le principal groupe armé de la zone pétrolière du Sud nigérian, le Mend, affirme avoir lancé dimanche à l'aube une "guerre du pétrole" et menace tous les pétroliers et méthaniers qui s'approcheront du delta du Niger, la zone d'où le Nigeria tire 90% de ses devises.

"A la suite d'un précédent avertissement contre toute attaque de nos positions, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend) a déclenché une guerre du pétrole après les attaques aériennes et maritimes non provoquées du 13 septembre par les forces armées", indique ce groupe Mend dans un courriel.

"Vers 01HOO du matin ce dimanche, l'opération Ouragan Barbarossa a commencé avec des combattants lourdement armés à bord d'embarcations parties de différentes bases du Mend dans le delta du Niger", poursuit le mouvement qui affirme avoir détruit ou endommagé des installations pétrolières et avoir tué 22 soldats.

L'armée nigériane a affirmé avoir repoussé dimanche matin une attaque de militants contre une installation pétrolière de l'américain Chevron.

"Nous avons repoussé avec succès l'attaque et il n'y a aucune perte dans nos rangs", a déclaré un porte-parole de l'armée nigériane, le lieutenant-colonel Musa Sagir.

La compagnie américaine Chevron a confirmé de son côté dimanche soir qu'une de ses installations dans le sud du Nigeria avait essuyé des coups de feu.

"Vers 01H00 GMT dimanche, Chevron Nigeria Limited a été informée de coups de feu dans la zone de Robertkiri, Etat de Rivers. Cette attaque a été notifiée aux autorités gouvernementales compétentes et une enquête a été ouverte", écrit Scott Walker, le porte-parole de Chevron, dans un communiqué.

La compagnie a précisé qu'aucun de ses employés n'avait été blessé dans l'incident. Cependant, ajoute le communiqué, "de premières informations font état de la mort possible de deux personnes travaillant pour la compagnie Dahnariq Nigeria Ltd chargée de l'approvisionnement de Chevron".

Le Mend a annoncé également qu'il allait s'en prendre aux pétroliers et méthaniers étrangers qui s'approchent du delta et leur conseille "de mouiller en haute mer ou de changer de cap".

Cet avertissement est d'autant plus à prendre au sérieux qu'en juin dernier le Mend avait attaqué une très importante installation de production du géant anglo-néerlandais Shell... à 120 km de la côte au sud de Lagos.

En plusieurs occasions le Mend a menacé les autorités et les compagnies pétrolières d'actions d'envergure. L'industrie a certes continué de tourner, mais en deux ans d'instabilité et de violence le Nigeria a perdu un quart de sa production quotidienne et surtout sa place de premier producteur africain de brut au profit de l'Angola.

Actuellement, la production oscille entre 1,8 et 2 millions de barils par jour alors qu'il y a deux ans elle tournait autour de 2,6 mbj et que les autorités ont pour ambition d'atteindre 4 mbj en 2010, un objectif totalement irréaliste pour la majorité des spécialistes.

Face au Mend, qui affirme se battre pour les populations misérables du richissime delta et qui visiblement dispose de moyens logistiques et en armes importants, les autorités semblent impuissantes.

En mai, à l'occasion de son premier anniversaire à la tête du pays, le président Umaru Yar'adua avait annoncé à l'AFP un sommet sur le delta du Niger "au maximum dans huit semaines", sommet qui n'a jamais eu lieu.

Dernièrement, il a annoncé la création d'un ministère consacré au développement et à la pacification de cette région, une initiative immédiatement tournée en dérision par le Mend qui n'y voit qu'un "moyen de plus pour la corruption et le favoritisme politique".

"Avec tout ce que nous faisons, je pense que nous devrions voir la fin (du cauchemar) dans les trois prochaines années", avait également assuré à l'AFP le président Yar'adua.