La Cour suprême de Mauritanie, à Nouakchott, a ordonné mardi la libération immédiate des militants contre l’esclavage Biram Dah Abeid et Brahim Ould Ramdane, président et vice-président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). La Cour a cassé les jugements du tribunal de première instance de Rosso et de la cour d’appel d’Aleg qui, en janvier et août 2015, avaient condamné les militants à deux ans de prison pour “appartenance à une organisation non reconnue”, “rassemblement non autorisé” et "violence contre la force publique”.

Pour sa lutte contre l'esclavage, Biram Dah avait été couronné, en 2013, du très prestigieux prix des Droits de l'Homme de l'Onu.

Faits requalifiés

Selon un de leurs avocats, la Cour suprême a requalifié les faits en “appartenance à une organisation non reconnue” et “attroupement maintenu après les premières sommations”; ces inculpations sont passibles de 2 mois à un an maximum. Détenus depuis 18 mois, ils doivent être libérés, ont conclu les juges, qui renvoient l’affaire devant une autre cour d’appel pour appliquer les décisions de la Cour suprême.

Les deux hommes avaient été arrêtés en novembre 2014 - quelques mois après que Biram Dah se soit présenté à la présidentielle, où il était arrivé deuxième - lors d’une marche contre l’esclavage foncier dans la fertile vallée du fleuve Sénégal, où cette pratique est endémique.

Abolitions à répétition

Les deux hommes avaient été détenus durant de longs mois dans une prison insalubre avant d’être ramenés à Nouakchott, il y a peu, en raison de la dégradation de leur état de santé, des protestations de militants des droits de l’homme et des “inquiétudes” de gouvernements.

“Du fond de cette lugubre cellule de la prison civile de Nouakchott, je crie au visage du chef de l’Etat, Mohamed Ould Abel Aziz, que je ne faiblirai jamais, que je ne ploierai jamais et que j’ai encore suffisamment de ressources morales et corporelles pour combattre le système raciste, esclavagiste et despotique dont il est la tête malfaisante”, écrivait Biram Dah dimanche dernier.

Préoccupées par la dégradation de leur image liée à la répression du mouvement anti-esclavage, les autorités mauritaniennes ont déjà aboli... trois fois l’esclavage. La loi qui criminalise la pratique, votée en 2007, n’a été appliquée qu’une seule fois, bien qu’il y ait plusieurs dizaines de milliers d’esclaves “par ascendance” (être esclave parce que né de parents ou d’une mère esclave) en Mauritanie, selon l’IRA. En revanche, les militants anti-esclavage sont harcelés et arrêtés sous diverses accusations, dont celles de semer "la haine et la division" entre Arabes et noirs mauritaniens et d'être des apostats (qui renoncent à leur religion), la version mauritanienne de la charia justifiant l'esclavage.