Il arrive souvent que les hommes politiques, piégés par l’ignorance, le manque de discernement et, surtout, l’absence de vision à long terme, commettent des gaffes. Ils préfacent les œuvres impérissables de dictateurs à peu près illettrés, ils décorent des hommes d’affaires qui se révèlent être des canailles, ils décernent des brevets de bonne conduite à des régimes bientôt infréquentables Il est rare, cependant, qu’ils vivent le type de mésaventures dont le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, a fait les frais, mardi, lors d’une visite officielle à Riyad.

Pour tromper l’ennui qui guette très vite ceux qui doivent séjourner plus de quelques heures dans cette Arabia Felix où même les cinémas sont interdits, l’ambassadeur de Belgique sur place a proposé à son ministre de rencontrer deux personnages hauts en couleur : les princes (jumeaux) Saud et Nayef Al-Shaalan, qui ont la particularité de cultiver la compagnie d’un guépard apprivoisé - le genre de passe-temps qui amuse toujours les invités. Las ! Ce que tout le monde semblait avoir oublié - sauf un fin limier de "La Libre Belgique"-, c’est que Nayef avait été condamné à dix ans de prison, en France, pour trafic de drogue.

On tremble pour la suite de la carrière d’un diplomate qui aura mis son patron dans de si beaux draps. Quant à M. Reynders, on ne lui fera pas le reproche de ne s’être douté de rien. On ne peut pas faire attention à tout quand on doit déjà sauver la Grèce, protéger l’euro, contenter les Israéliens et les Palestiniens, recevoir l’ambassadeur Gutman, veiller au bonheur des Ucclois comme des Liégeois, sans parler de ce sinologue établi en Australie qui réclame obstinément la restitution des passeports belges de ses fils.

Les Saoudiens pourraient peut-être fournir eux-mêmes la solution. Ils viennent d’introduire un système sophistiqué qui permet d’informer instantanément, par SMS, maris, pères, frères et autres "tuteurs légaux" du franchissement des frontières nationales par la femme dont ils ont la garde (les Saoudiennes ne peuvent pas se rendre à l’étranger sans une autorisation écrite de leur "gardien", coulée sur un beau formulaire jaune). On pourrait concevoir une application de cette remarquable percée technologique (dont l’étape suivante est l’implantation d’une puce électronique sous la peau des Saoudiennes) qui avertirait, par SMS, un ministre sur le point de rencontrer un repris de justice, un escroc international ou un terroriste affilié à al Qaeda.

Par Philippe Paquet