Les initiatives se multiplient en Allemagne et en Europe pour éviter que le Mondial 2006, la Coupe du monde de football prévu du 9 juin au 9 juillet, se transforme en «Mondial de la prostitution», avec un afflux de jeunes filles venues de pays de l'Est de l'Europe.

Le Conseil de l'Europe a dit redouter qu' «une forte augmentation temporaire de la demande des services sexuels (soit) attendue (à l'occasion du Mondial) et qu'elle représente un risque considérable d'augmentation de la prostitution forcée». «Cette forme d'esclavage moderne remplace les chaînes par le viol, la terreur psychologique et la dépendance totale par la suppression de l'identité personnelle et civile des femmes. Cela est insupportable. La prostitution forcée est un crime et une violation flagrante des droits de la personne humaine», a fait valoir M. René van der Linden, le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Peu d'écho dans le public

Le Conseil de l'Europe affirme dès lors son «plein soutien à toutes les initiatives actuelles en faveur d'un "carton rouge pour la prostitution forcée"». Une d'entre elles a été lancée mardi à Berlin par le co-président de la Fédération allemande de football (DFB), Theo Zwanziger, et est intitulée «Coup de sifflet final contre la prostitution forcée». «La prostitution forcée est un acte criminel honteux et ignoble qui méprise les êtres humains», a affirmé M.Zwanziger, «parrain» de cette campagne orchestrée notamment par le Conseil national des femmes en Allemagne, une fédération d'associations féminines actives dans les domaines politique, religieux et syndical. «Malheureusement de grands événements tels que la Coupe du monde de football» entraînent une augmentation de «ce rabattage honteux», a-t-il ajouté. «Il est du devoir de tous les acteurs de la société de soutenir le travail des autorités policières» dans la lutte contre ce fléau, selon lui. «C'est un scandale que ce problème ait jusqu'ici trouvé si peu d'écho dans le public» allemand, a estimé pour sa part Brunhilde Raiser, présidente du Conseil national des femmes.

Cette campagne, également orchestrée par Amnesty International et d'autres associations allemandes, doit se décliner sous forme de brochures, T-shirts, affiches et pétitions. Elle s'ajoute à une autre initiative lancée par l'association Ban Ying qui lutte contre le trafic des êtres humains et qui vise cette fois-ci plus spécifiquement les clients des prostituées. A travers une large campagne d'affichage, ces derniers sont invités à avertir la police s'ils se retrouvent confrontés à une prostituée forcée.

Un «temple du sexe»

Si les organisateurs de ces campagnes s'attendent à un afflux de prostituées forcées en Allemagne en marge du Mondial, ils ont toutefois tenu à démentir une estimation largement colportée dans la presse faisant état de 40000 prostituées forcées attendues. Il n'empêche, l'ouverture récente d'un centre du sexe dénommé «Artemis» -3000 m2 sur quatre étages- situé en bordure du périphérique à trois stations de métro du Stade olympique de Berlin à de quoi éveiller les soupçons et les craintes.

© La Libre Belgique 2006