Projeté à Lille le 11 septembre dernier, avant d’être largement diffusé sur Internet, le film "Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme", réalisé par la documentariste Sophie Robert et hautement controversé au sein de la communauté psychanalytique, a été interdit en l’état par le tribunal de Lille, jeudi.

C’est un débat vif et pluriel (cf. "La Libre" du 7 décembre 2011) que soulève en France, mais en Belgique également par ricochet, l’interdiction de ce film, considéré par un certain nombre de psychothérapeutes comme un documentaire à charge contre le traitement psychanalytique de l’autisme, en ce qu’il tendrait notamment à culpabiliser les mères d’enfants. Document qui, de visu, suscite pour effet de ridiculiser la discipline du Dr Freud, en en dénonçant "l’absurdité" en l’espèce.

Les familles des victimes de ce "trouble du comportement" s’étaient, depuis plusieurs mois, massivement mobilisées en faveur de l’auteure, Mme Sophie Robert, et d’une souffrance assez répandue (touchant un demi-million de personnes environ en France, et quatre à cinq fois plus de garçons que de filles), reconnue jusqu’ici comme l’une des plus difficiles à traiter et récemment promue par le gouvernement français "grande cause nationale 2012".

Alléguant qu’à l’origine, Mme Robert les avait sollicités pour un document appelé à passer sur la chaîne Arte et traitant des différents courants de la psychanalyse, trois analystes de renom - Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens - se sont sentis piégés à la vision d’un film qui, non seulement, aurait tronqué et dénaturé leurs propos au montage, mais les aurait de surcroît situés en réponse à des questions fictives.

C’est à ce titre, en tout cas, que le jugement enjoint de "supprimer" les extraits des interviews accordés par les trois plaignants susnommés, interdisant à effet immédiat la diffusion de ce document sur le Net - aussi longtemps qu’il n’aura pas été remanié et expurgé desdites interventions -, et cela sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La réalisatrice et sa société de production ayant été condamnées, par ailleurs, à payer aux plaignants 19 000 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice causé "à leur image et à leur réputation".

L’affaire, de toute évidence, n’est point ainsi close. La colère gronde plus que sourdement en effet dans les familles, indignées en l’occurrence par l’échec des méthodes analytiques, et révoltées au surplus par l’atteinte désormais perpétrée contre les libertés de la presse et d’expression. L’avocat de Mme Robert, Me Benoît Titran, "accusant" de la sorte : "A ce prix-là, n’importe quel documentaire monté peut être interdit. Avec une telle jurisprudence, Michael Moore est interdit de film en France." Il interjettera d’ailleurs appel de la décision du juge.

En nous gardant bien de traiter ici du fond de l’affaire - quant à savoir, entre autres, si les thérapies comportementales sont mieux adaptées que la psychanalyse au champ autistique, et quelle origine de même, psychiatrique ou génétique, attribuer à cette pathologie -, on citera les mots de l’avocat des plaignants, Me Christian Charrière-Bournazel, qui, en l’audience du 8 décembre dernier, évoquait "une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse".