Les Birmans n'ont pas de chance. Ils suscitent la sympathie, mais n'arrivent pas à capter l'attention de la communauté internationale plus d'une semaine ou deux d'affilée. C'était déjà comme cela lors des manifestations contre la vie chère en septembre 2007. En pleine session annuelle de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, elles avaient mis le monde en émoi, suscité de vibrantes tirades à Washington, Londres ou Paris, fait croire en de possibles pressions décisives sur la junte, et puis plus rien.

Il en a été systématiquement ainsi dans les moments de crise dans cet infortuné pays : la révolte démocratique de l'été 1988, les élections truquées de mai 1990, les assignations à résidence du Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi... A chaque fois, une belle indignation, sans lendemain.

Il n'est donc guère surprenant qu'il en aille de même ces jours-ci. L'ampleur des dévastations causées par le cyclone Nargis, le refus inhumain des généraux birmans de laisser entrer l'aide étrangère, ou leur obstination à se l'approprier sans autre forme de contrôle, le risque de voir les épidémies et la famine décimer les survivants, avaient provoqué un bel outrage. Bernard Kouchner avait été jusqu'à qualifier le pouvoir birman de "catastrophe dans la catastrophe", façon de dire qu'un changement de régime était souhaitable à Rangoon. Les Vingt-sept, à Bruxelles, avaient dépêché en Birmanie le commissaire à la Coopération, Louis Michel, pour "voir" avant de décider. Aujourd'hui, c'est tout vu : le même déclare à "La Libre" qu'on ne peut rien faire.

Ce qui se passe à présent en Birmanie, ce ne sont pourtant pas de nouveau quelques dizaines d'opposants qu'on envoie pourrir à la prison d'Insein. Ce n'est pas Aung San Suu Kyi qu'on maintient pour la énième fois en résidence surveillée. Ce ne sont pas des minorités ethniques qu'on opprime ou des paysans qu'on astreint à travailler comme des forçats sur les chantiers du gouvernement ou de l'armée.

Ce sont deux millions et demi de sans-abri qui sont livrés à eux-mêmes et de plus en plus souvent renvoyés maintenant dans leurs villages, où ils n'ont plus aucun moyen de subsistance. Ce sont des villages entiers qui, un mois après la catastrophe, n'ont toujours pas reçu la moindre assistance. En un mot, c'est un génocide qui se profile, sans trop faire de bruit sous la chape de plomb des généraux birmans. Un génocide paisible, en somme, qui ne dérange pas trop des démocraties si opportunément distraites.