Le Congrès national africain (ANC) est en crise. Dans quelques jours, le parti au pouvoir en Afrique du Sud adoptera son programme et élira ses dirigeants pour les cinq prochaines années. Jacob Zuma devrait se succéder à lui-même à la tête de l’ancien mouvement de la lutte anti-apartheid, mais il est de plus en plus contesté. Et le congrès de Mangaung risque d’attiser les tensions.

Dix-huit ans après les premières élections démocratiques qui amenèrent Nelson Mandela au sommet de l’Etat, l’ANC continue de rassembler environ deux tiers des électeurs. Mais le mouvement de libération nationale, qui a grandi dans la clandestinité, peine à accomplir sa mutation et à devenir un parti de gouvernement efficace.

Né d’un ralliement autour du combat contre le régime raciste, l’ANC regroupe différentes tendances : les nationalistes, les communistes, les libéraux Les tensions ne sont pas seulement idéologiques ; il s’agit aussi d’une lutte de pouvoir à tous les niveaux. "Le problème est que l’ANC passe aujourd’hui plus de temps à gérer ces problèmes de leadership qu’à mettre en place des réformes", constate l’analyste politique Leslie Dikeni.

Le Président le plus fragile

Depuis plusieurs années, les factions s’affrontent. Lors de la précédente conférence du parti, à Polokwane, Jacob Zuma fut élu à la place du président sortant Thabo Mbeki, forcé à la démission. "L’ANC ne veut pas d’un deuxième Polokwane", pense le politologue Daniel Silke. "En évinçant une nouvelle fois le chef qu’il s’est choisi, le parti perdrait encore en crédibilité. Mais Zuma, s’il est réélu, sera le président le plus fragile depuis 1994."

A vouloir satisfaire tout le monde, Jacob Zuma a mécontenté bon nombre de ses alliés. L’aile gauche du mouvement et l’ex-chef des jeunes de l’ANC, Julius Malema - désormais exclu du parti - soulignent les promesses non tenues et l’immobilisme du Président. Ils lui reprochent de ne pas avoir changé la politique économique du gouvernement, qu’ils jugent trop libérale, et de refuser la nationalisation des mines ou la saisie des grandes exploitations agricoles.

Pendant son premier mandat à la tête de l’ANC, populisme, ethnisme (M. Zuma a confié de nombreux postes-clés à des personnes issues, comme lui, de l’ethnie zouloue) et corruption ont pris une ampleur sans précédent. L’élite politique, qui affiche sans complexe sa nouvelle aisance, semble de plus en plus déconnectée de ceux qu’elle est censée représenter.

Si Jacob Zuma est réélu, il devrait conserver son poste de chef de l’Etat à l’issue des élections nationales qui auront lieu dans deux ans. Mais le Président dirige l’ANC sans beaucoup d’inspiration à un moment où le parti aurait besoin d’une vision. Et certains prédisent un sombre futur au mouvement de Nelson Mandela.

" L’actuel Comité exécutif s’est montré incapable de le sauver d’un évident désastre ", estime Sthembiso Msomi, journaliste politique pour le "Sunday Times" sud-africain, qui croit à une implosion de l’ANC dans moins de 10 ans. Le parti a déjà connu plusieurs fractures au cours de son histoire, avec la création de mouvements dissidents ; tous ont plus ou moins échoué. Ce qui est sûr, c’est que le parti est à un tournant de son histoire. En 2014, la génération des "born free" - qui n’a jamais connu l’apartheid - votera pour la première fois. Elle est sans doute moins sensible aux exploits passés de l’ANC et plus encline à regarder ce qu’il lui propose pour avenir.