FRANCE Correspondant permanent à Paris

Jeudi soir, vingt-quatre heures après le drame, une émotion considérable régnait toujours en France, à propos du sort du jeune Clément Meric. Mercredi après-midi, en plein Paris, ce militant antifasciste et syndicaliste étudiant, âgé de dix-neuf ans, a été victime d’une violente agression. Il est décédé des suites de ses blessures.

Lui et quelques camarades semblent avoir fortuitement rencontré, à une vente privée, un groupe d’individus décrits comme des skinheads. Le ton est très vite monté. L’algarade a dégénéré en bataille rangée, au cours de laquelle la victime, après avoir été frappée par un coup-de-poing américain, s’est écroulée, sa tête heurtant violemment un poteau.

L’intensité de l’émotion collective l’exigeait : des enquêteurs en nombre considérable (police judiciaire, antigang, et services de renseignement) ont aussitôt été mobilisés. Cela a permis l’interpellation, dès jeudi après-midi, de plusieurs suspects - dont "l’auteur probable" du coup de poing fatal, selon des sources policières.

"Crime politique en plein Paris"

Mais, avant même ce coup de filet, et sans attendre la fin de l’enquête, la thèse d’"un crime politique en plein Paris" (selon le Parti de gauche, dont Clément Meric était proche) a suscité un très grand nombre de réactions, toutes indignées, et a donné lieu à de très vives controverses.

Controverse sur l’implication éventuelle de groupuscules d’extrême droite dans ce drame, ce qu’ont immédiatement envisagé le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et le président Hollande. Visées, les "Jeunesses nationalistes révolutionnaires", qui formeraient la garde prétorienne d’un autre groupuscule, baptisé "Troisième voie". Celui-ci a fermement démenti. Son leader s’est indigné que le port "de cheveux trop courts ou d’un blouson de la mauvaise marque" vaille condamnation. Et les réseaux sociaux et l’internet d’extrême droite ont tempêté : "La gauche a visiblement trouvé son prétexte pour persécuter les nationalistes, alors que l’on ne sait encore rien de ce fait divers."

UMP et anti- "mariage gay" ciblés

Controverse, dans la foulée, sur les liens qui uniraient ces groupuscules au Front national. Marine Le Pen, pour qui le FN n’a "aucun rapport, ni de près, ni de loin", avec cette agression, a menacé de poursuites judiciaires quiconque insinuerait le contraire. La gauche et l’extrême gauche ne l’ont pas moins accusée d’avoir imparfaitement fait le ménage dans les troupes frontistes et de personnaliser une "dédiabolisation" alléguée du FN qui, en fait, ne serait qu’une fiction.

Controverse, surtout, sur les responsables du climat, dans lequel l’extrême droite (politique ou religieuse) a bénéficié, ces derniers temps, d’un regain de visibilité et d’activisme.

La gauche et l’extrême gauche, à nouveau, ont désigné leurs coupables. La droite UMP, d’abord, et ses "jeux troubles et ambiguïtés" (dixit le n°1 du PS, Harlem Désir) avec l’extrême droite. Les médias, ensuite : ils auraient pris part à "la banalisation" de ces groupes, en leur donnant "une audience démesurée" quand ils avaient sévi en marge des anti-"mariage gay". Ces derniers, enfin, accusés notamment parce que leur égérie, Virginie Merle-Tellenne, dite "Frigide Barjot", avait promis (avant de se corriger) de "faire couler le sang". Jeudi, elle comme l’UMP ont rejeté des "amalgames choquants et inacceptables".

"Tailler en pièces" les fascistes

Au Parlement, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a juré de "tailler en pièces" les "mouvements d’inspiration fasciste et néonazie". Leur dissolution d’autorité est unanimement réclamée. Mais le passé a déjà montré qu’une telle sanction était rarement très efficace.